Féminisme - Superman est-il arabe?

La journaliste libanaise Joumana Haddad, auteure de J’ai tué Shéhérazade (2010, qu’Actes Sud réédite en poche chez « Babel »), poursuit sur sa lancée critique. La féministe, poétesse et rédactrice en chef du magazine Jasad (le corps), premier imprimé érotique du genre en langue arabe, publie ce printemps Superman est arabe, un «manifeste» anticlérical et antipatriarcal, «à la fois léger et un peu convenu», écrit le quotidien Le Monde, tout en soulignant qu’il « n’a pas été édité en arabe ». De son côté, Le Canard enchaîné s’amuse ferme et félicite ce pamphlet quoi qu’on en dise audacieux.

Femme mais non citoyenne, dans un Liban qui reste « un conglomérat de confessions religieuses plutôt qu’une nation », Joumana Haddad s’en prend aux « trois religions monothéistes qui rivalisent d’ardeur dans leur soutien aux archétypes patriarcaux ».


Lassée des griefs qui font des femmes arabes en quête d’émancipation des victimes de l’inusable « virus occidental », l’auteure se gausse de la mode des hymens en plastique et fustige les « gangs d’Allah » à la pudibonderie unilatérale avec une grande et belle énergie.


On compare ici et là Joumana Haddad à des entrepreneurs de la porno comme Hugh Hefner ou à une Carrie Bradshaw du Moyen-Orient, le personnage central de la série Sex and the City. Elle tient à remettre les choses en perspective. En entrevue en début d’année au moment de lancer son livre, elle précise : « Au Liban, écrire sur la sexualité est un acte politique et non un luxe. La seule chose que Carrie Bradshaw et moi avons en commun, c’est l’amour des belles chaussures. »


Cette désenchantée du printemps arabe affirme à qui veut l’entendre que la littérature demeure son seul grand amour. Au moins, durant ce printemps arabe, note-t-elle, « le tabou de la parole a été brisé. Malheureusement, un monstre en chassant un autre, l’extrémisme religieux a pris la place des dictatures, et les femmes qui manifestaient en tête de cortège sont rentrées chez elles. »


Elle aimerait voir les femmes se libérer de toute tutelle. À son sens, ce ne sont pas seulement les femmes arabes qui souffrent d’une domination contraignante légitimée par une conception du monde à la Superman. Chez elle, les mouvements de femmes restent cependant frêles et mal organisés, à son plus grand regret. En attendant mieux, elle dénonce autant qu’elle le peut, à la façon d’un franc-tireur, la misogynie et le complexe du supermâle qu’expriment Dieu, l’institution du mariage, les machos ou d’autres désastreuses inventions à la Superman. Un plaidoyer vibrant contre un monde qui a plus besoin de Clark Kent que de Superman, dit-elle.


 

Avec Le Monde

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