Les idées reçues sur les deux Corées passées au crible


	Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un
Photo: Agence France-Presse (photo) KCNA VIA KNS/KCNA
Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un

Vociférations et menaces nucléaires du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, exploits économiques et technologiques des conglomérats sud-coréens Samsung ou Hyundai, succès de prestige du cinéma sud-coréen à Cannes, déferlement récent du Gangnam style : la Corée a de plus en plus la cote dans les médias occidentaux. Et pourtant, nous la connaissons mal.

Longtemps étouffée entre l’empire du Milieu (la Chine) et l’empire du Soleil levant (le Japon), la Corée a fini par émerger dans l’imaginaire occidental grâce à quelques clichés, repris régulièrement dans les médias : la Corée du Nord est une dictature aux abois et le Sud, un modèle de démocratie ; le miracle économique du Sud est le résultat d’un capitalisme sauvage ; les Coréens sont dociles, très disciplinés et sacrifient tout pour leurs études ; le cinéma coréen est un des plus inventifs au monde.


Si les stéréotypes attestent au moins de l’intérêt nouveau des Occidentaux pour la Corée, ils ont cependant le défaut de caricaturer la réalité. C’est pourquoi dans un ouvrage récent, De Séoul à Pyongyang, un journaliste coréen, Kim Joo-no, et un ancien diplomate français en Corée, Pascal Dayez-Burgeon, tentent de remettre les pendules à l’heure en passant au crible les idées reçues sur les deux Corées.


Ouvrage destiné au grand public, De Séoul à Pyongyang permettra à ceux que concerne le sort de ce peuple et de cette partie du monde de nuancer et de corriger leur lecture des événements, trop souvent rapportés sans mise en contexte.


Ainsi, les auteurs rappellent que, sur le plan politique, la Corée du Sud n’est devenue une véritable démocratie qu’en 1988 et qu’elle était en fait dirigée depuis l’armistice de 1953 comme une dictature militaire.


Ils rappellent également que, si le Nord peut être qualifié d’« État voyou » aux méthodes mafieuses (enlèvements et assassinats d’adversaires), cette réputation est toutefois instrumentalisée au Sud tant par les partis politiques que par les mouvements réactionnaires et fondamentalistes (sectes pentecôtiste ou mooniste) pour diaboliser tout ce qui est considéré comme de gauche ou favorable au changement.


Ils insistent aussi sur le fait que la Corée du Sud hypercapitaliste préfère paradoxalement que « l’État pilote demeure aux commandes » de l’activité économique, et ce, même si le régime s’est libéralisé depuis 2007.


Par ailleurs, si la majorité des Coréens rêvent de la réunification, bien peu au Sud sont disposés à en payer l’addition, qui serait colossale. Tant la Chine que les États-Unis ont intérêt à maintenir le statu quo pour éviter la formation d’une cinquième puissance mondiale.


Sur le plan économique, les auteurs soulignent que le « miracle » coréen, s’il bénéficie sans conteste à une ploutocratie dominante et bien implantée, s’est longtemps fondé sur une exploitation sans merci d’une main-d’oeuvre à bon marché. Si les salaires ont aujourd’hui rejoint les normes européennes, les campagnards, les licenciés et les jeunes laissés pour compte dans la course effrénée aux diplômes forment des cohortes de chômeurs miséreux sans filet social efficace.


Les auteurs multiplient les exemples probants du paradoxe coréen. Ainsi, malgré leur succès critique et leurs prix internationaux, des cinéastes comme Kim Ki-duk ou Hong Sang-soo demeurent largement inconnus en Corée, où les gens se ruent sur les films populaires à grand budget.


À cause de leur « tempérament latin » (humour, romantisme, sens de la fête), les Coréens, soutiennent les auteurs, sont plus près de nous qu’on ne le croit. Et c’est pourquoi nous aurions intérêt à mieux les connaître.


 

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