Phin, neuf ans, écolo

Carla Gunn vit à Fredericton, au Nouveau-Brunswick Elle a fait avec ce premier roman une entrée remarquée dans le monde littéraire. À sa parution en 2009, Amphibian a été finaliste au prestigieux Commonwealth Writer’s Prize et a été traduit en allemand, en italien et en espagnol.


Phineas Walsh est un petit surdoué de neuf ans passionné de documentaires animaliers. Il a une connaissance encyclopédique du règne animal et de la nature. Le sort de la planète et des animaux en voie d’extinction le préoccupe au plus haut point. À l’école comme à la maison, ses questions, sa logique et ses arguments déroutent ou exaspèrent les adultes qui l’entourent. Il lui arrive régulièrement de corriger son enseignante : « Madame, le lion ne vit pas dans la jungle. Il vit dans la savane. » Ou de relever des incohérences sur ses outils pédagogiques : « Un ours polaire et un pingouin assis ensemble sur la même banquise ! Sur la même banquise ! Ils vivent aux deux extrémités de la Terre, bon sang ! »


Phin n’en revient pas de l’attitude des adultes autour de lui. Il ne comprend pas pourquoi sa mère persiste à acheter du beurre d’arachides contenant de l’huile de palme qui vient des plantations établies sur le territoire des orangs-outangs. Il concocte un plan pour libérer la rainette de White, petite grenouille arrachée à son milieu naturel en Australie, que son institutrice a emprisonnée dans l’aquarium de la classe. L’enfant réussit même à inoculer une dose de mauvaise conscience au lecteur avec ses pensées minutieuses et sa manière de voir le monde. Est-ce logique de ne pas s’inquiéter alors que 25 % des espèces mammifères sont menacées ?


Dès les premières pages, il est facile de s’attacher à ce gamin dont le ton vif et la spontanéité propre à l’enfance sont des plus rafraîchissants. Mais petit à petit, on découvre le côté obscur de son coeur. Oui, Phin sait tout ou presque du règne animal, mais il reste sans voix devant la mort de son grand-père et d’un camarade de classe qui le harcèle continuellement. Ce qui le trouble encore davantage, c’est la séparation récente de ses parents. Après tout, « quand les parents primates se disputent, jamais l’un d’eux ne songerait à quitter le groupe ».


Carla Gunn a bâti un roman séduisant centré sur le personnage de Phineas Walsh, qui tente d’équilibrer la légèreté et l’obscurité de son monde intérieur tout en essayant de sauver les animaux sur la planète. Le roman a beau souffrir de quelques longueurs et les questionnements incessants de l’enfant paraître quelque peu forcés, voire fabriqués, et agacer, le charme ne se rompt jamais. Amphibien déborde de fantaisie et d’humour, le propos sur la complexité des rapports entre les espèces humaine et animale est passionnant et l’auteure a une manière très fine de saisir les émotions de ses personnages. Amphibien fait partie de ces livres qui nous transportent, nous changent un peu et nous laissent avec des phrases qui nous chavirent : « J’espère que quand papa recevra les lettres et les dessins que je lui envoie, écrit Phin, il pensera à moi. Peut-être même qu’il se rappellera que je lui manque, et qu’il rentrera à la maison pour de bon. »


 

Collaboratrice

À voir en vidéo