Serge Fiori au XXIe siècle

Serge Fiori a été absent de la scène depuis près de 35 ans, aux prises avec des troubles d’anxiété.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Serge Fiori a été absent de la scène depuis près de 35 ans, aux prises avec des troubles d’anxiété.

La dernière fois qu’on a vu Serge Fiori sur scène, il avait la guitare en bandoulière, le visage émacié creusé par de profonds cernes, portait les cheveux longs et la salopette blanche, et chantait L’heptade. C’était à la fin des années 1970.


Aujourd’hui, le musicien porte les cheveux courts, son visage s’est arrondi. Mais la voix, un peu éraillée, est restée la même. Dans son salon ensoleillé de Longueuil, on trouve toujours de belles guitares. L’artiste a d’ailleurs dans ses tiroirs dix nouvelles chansons qu’il aime beaucoup. Elles formeront son prochain disque : Le monde est virtuel. Des chansons moins longues que celles que faisait Harmonium. Des chansons qui parlent des gens de l’ère du numérique, isolés, chez eux, avec leurs petites maladies. « C’est très 2013 » comme projet, promet-il.


Mais quelque 35 ans après sa dernière apparition vraiment publique, Serge Fiori n’était toujours pas présent, lundi soir, au lancement du livre de Louise Thériault, Serge Fiori, s’enlever du chemin, qui raconte sa vie.


Tout comme il a été absent de la scène québécoise des dernières décennies, tout simplement parce qu’il ne peut pas garantir qu’il gardera le contrôle de la situation, qu’il ne succombera pas à une crise d’angoisse foudroyante.


Tout ça à cause d’un mauvais trip de LSD, survenu alors que Fiori était encore au cégep, avant même la création d’Harmonium.


Un mauvais trip qui a laissé d’affreuses séquelles dans le cerveau du chanteur, qui vient tout juste d’entreprendre un traitement pour les enrayer. Ce qu’il a pris à ce moment-là, « c’était du poison », dit celui qui affirme par ailleurs que la drogue n’est pas nécessaire pour atteindre des états altérés de conscience.


En fait, c’est après ce bad trip que Serge Fiori s’est mis à composer sa musique et ses chansons en utilisant un mantra, ou un thème qu’il joue et joue pendant des heures jusqu’à ce que la chanson jaillisse, entière, comme surgie du néant.


C’est ainsi que lui est apparue l’entièreté d’Histoire sans paroles, par exemple. C’est aussi comme ça qu’il a composé Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie, en écoutant le son des enfants de l’école primaire Lajoie qui jouaient devant chez lui.


« Il y a quelque chose de vaguement effrayant dans cette méthode, écrit Louise Thériault. Fiori a l’impression de ne rien contrôler ; ce n’est pas lui qui joue, ce n’est pas lui qui écrit, ce n’est pas lui qui chante. »


À l’horizon


Dans les années 1970, Harmonium était au sommet de sa gloire. Et Fiori, que ses fans voyaient alors un peu comme un gourou, aimait la popularité. « J’étais juste un peu mal à l’aise quand les fans faisaient des rituels au spectacle, comme de se déshabiller puis de me donner des offrandes », se souvient-il.


Mais il dit que s’il pouvait galvaniser les foules encore aujourd’hui, il souhaiterait par-dessus tout dynamiser la cause souverainiste, qu’il épousait à l’époque et à laquelle il croit toujours aujourd’hui.


Pour lui, les seuls vrais souverainistes de la scène québécoise sont désormais confinés au parti de l’Option nationale, qui récolte 6 % des votes.


« Je fais partie des dinosaures » de la société à ce sujet, dit-il.


C’est au cours de la rédaction de cette biographie par Louise Thériault, qui fait aussi de la relation d’aide, que Serge Fiori a trouvé le courage de consulter et de trouver une médication qui lui convient.


Et il espère aussi que c’est en la lisant que certaines personnes, dont d’anciens membres d’Harmonium, comprendront mieux son départ subit de la scène musicale québécoise.


Encore aujourd’hui, il ne peut garantir qu’il ne fera pas de crise de panique au beau milieu d’une chanson, ou même au beau milieu d’un lancement. « Je ne le prendrais pas », dit-il, même s’il a déjà pensé à vendre des billets de spectacles sur lesquels il serait écrit que la prestation de l’artiste n’est pas garantie.


À l’horizon, il y a pourtant ce nouvel album, 27 ans après la sortie de son dernier, qui s’appelait simplement Fiori. Et l’espoir que l’angoisse paralysante s’estompera enfin grâce au traitement, pour de bon.

1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 23 avril 2013 12 h 06

    Ta santé d'abord Serge.

    Le Québec t'a adulé. Ta musique joue toujours dans nos têtes. J'aimerais te revoir sur scène. J'ai hâte d'entendre tes nouvelles chansons. Mais oui, pense à ta santé d'abord. Et la souveraineté du Québec viendra un jour. «On a mis quelqu'un au monde. Il faudrait peut-être l'écouter».