Socialisme neuf, mais non québécois

Miracle : un livre de sociopolitique qui préconise un nécessaire « changement de culture », partout, même à gauche ! Mais, dans cet essai vaste et solide, Pour une économie démocratique, les Québécois Pierre Ducasse et Tom Vouloumanos, tous deux proches du NPD et défenseurs, à titre personnel, d’un « socialisme démocratique et antiautoritaire », font l’acrobatie d’occulter notre printemps érable et la cause de la gratuité de l’enseignement.


Sensibles, tout en prenant leurs distances, aux valeurs révolutionnaires de l’utopisme et de l’anarchisme, ils trouvent inspirante la belle pensée de l’écrivain irlandais George Bernard Shaw, tirée de sa pièce Back to Methuselah (1921) : « Vous voyez les choses et vous dites : pourquoi ? Moi, je rêve de choses qui n’ont jamais existé et je dis : pourquoi pas ? » Néanmoins, ils passent sous silence les rêves spécifiquement québécois.


Elle nous fascine, leur admiration du « socialisme libertaire et coopératif » qui, expérimenté à Mondragón, au Pays basque, s’est répandu aux États-Unis chez les militants s’efforçant de racheter des usines fermées, victimes de la mondialisation néolibérale, pour y implanter l’autogestion.


Même s’ils trouvent la démocratie représentative indispensable, nos auteurs, ouverts à la diversité, admirent la démocratie directe des assemblées générales et la démocratie participative des débats avant et après le vote. En revanche, on les voit mal promouvoir la chanson Sans la nommer (1969) de Georges Moustaki, musique de la vidéo de Mario Jean sur l’indéfinissable « qu’on trahit », mais « qui nous donne envie de vivre » par la « Révolution permanente ».


Il reste que Ducasse et Vouloumanos, nés tous deux en 1972, ont le cran, malgré leur vif intérêt d’hier pour le NPD, électoraliste et calculateur, de ne pas croire « que la gauche devrait simplement demander le retour à un modèle social-démocrate de type keynésien ». Ils se permettent de déplorer, chez elle, « l’absence d’une vision allant au-delà du capitalisme ». Pourquoi cette vision ne se concrétiserait-elle pas ici, où les États-Unis et le Canada anglais, bastions du capitalisme, peuvent rencontrer la résistance historique d’une autre culture et d’une autre langue ? Bien que le PQ ait renoncé à l’esprit du printemps érable et même à l’indépendantisme, comme le pense Jean-Martin Aussant, champion de l’enseignement gratuit, le mot « liberté » conserve au Québec un sens tout à fait singulier. Ducasse et Vouloumanos rêvent avec bonheur d’un fédéralisme mondial axé sur la démocratisation de l’économie, mais ils oublient que la libération universelle suppose beaucoup de libérations nationales.


 

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