Littérature française - Les influences de la nature

Au début du roman de Pierre Patrolin La montée des cendres, on croirait entrer dans un poème du Spleen de Paris. On se trouve au coeur de Paris, dans une chambre où flambe un petit feu, en compagnie d’un narrateur qui médite et s’absorbe dans le spectacle changeant des flammes. Il se raconte dans cette image chaude, avec sobriété, précision, extase. Et ce feu se communique au désir bien concret de l’entretenir, dans un hiver parisien détrempé.


En 2012, l’écrivain accomplissait un exploit en signant un roman de 700 pages, La traversée de la France à la nage. C’était une expérience de plongée dans la langue, prouesse accompagnant une crue de pensée et une performance de rythme. Le thème de l’eau emportait le personnage dans une fiction remixée de nature.


Dans La montée des cendres, le feu crépite et dévore l’écriture. Imaginatif et sensoriel, Patrolin part d’un incendie survenu lors d’un banal déménagement. On se retrouve dans un appartement parisien du quartier central de Saint-Eustache, dans un mélange de pierre, de béton et de verre. Mais pour le narrateur, la réalité est autre. À l’écoute des crues et des incendies qui ont ravagé Paris au cours des siècles, il attend le retour des éléments déchaînés, que la modernité récuse mais que le climat fait renaître.


Ce roman repose sur une sensation inquiète, une prospection tant extérieure qu’intérieure, conduite menée par la pensée rétrospective et anticipatrice. Dans son tremblement, cet homme organise son quotidien. Sa conscience délirante et poétique lui prescrit de dénicher ce combustible, devenu rare à Paris, qu’est le bois.


Bientôt, le personnage renoue avec le port fluvial de Paris, qui charriait naguère le bois, et revit au contact du climat détrempé du gris Paris. Il se mouille pour obtenir du feu. Ces éléments donnent au récit une présence tellurique intéressante, qui justifie que cet homme aux antennes atmosphériques croie à la crue phénoménale de son angoisse apprivoisée.


La Seine est un partenaire de ce roman de Paris, qui évoque les petits poèmes en prose d’Aloysius Bertrand, écrivain décadent d’il y a deux siècles. Patrolin nous ramène au monde de l’intuition, teintée d’une légère hallucination, tout en improvisant sur un thème catastrophique.


Tout ce débordement est langagier, comme dans ces romans où l’attente ouvre une esthétique de la contemplation, de l’obsession méthodique et de la solitude enrichie par la lecture. Tant et si bien que la scène d’une distraction intérieure attrape l’ennui symboliste, un esprit de Paris typiquement baudelairien.


À la terrasse d’un café


Voici un autre roman, par Hélène Lenoir, La crue de juillet, inspiré par le même sentiment que la nature déréglée change l’équilibre intérieur. Dans un contexte différent, puisque Hélène Lenoir vit à Francfort, où elle pratique les deux langues, comme des courants s’interpénétrant, l’écrivaine dispense son écriture dans la rencontre entre une journaliste et un peintre, amoureux de sa beauté, mais replié sur ses doutes et sur sa prudence un peu lasse.


Une image de café, un ton de ville enclenchent le roman. On est ailleurs, dans les dialogues infinis et l’imaginaire qui glisse, on suit la crue, les émotions, l’orage, les sentiments, les chutes, une relation mi-débridée mi-retenue. Vacillante, la pensée épouse une vague de perturbations et se désintègre dans une folie qui monte. « Est-ce que je vais arriver à, vous pensez qu’à l’intérieur je pourrai me calmer, oublier ? - Vous et elle, c’est ça, elle aussi, maintenant son hurlement… Mais c’est fini, plus rien dans le ciel, et l’ombre, j’y suis, il fait très chaud, huit euros, […] faites attention, c’est fragile. » Conversations entendues, ambiance et climat : ce roman riche de détails, d’analyse fine et mature, pénètre les multiples déraillements de la nature.


 

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