Les mains sales

L’écrivain Richard Ste-Marie est aussi artiste en arts visuels.
Photo: Francine McNicoll L’écrivain Richard Ste-Marie est aussi artiste en arts visuels.

Le temps de lire quelques pages, on sait déjà tout : on a assisté au crime en direct, on en connaît le mobile et, tant qu’à y être, même les circonstances dans lesquelles s’est passé ce triple assassinat particulièrement brutal. Sauf que nous serons les seuls à le savoir puisque Vincent Morin, un respectable courtier en valeurs mobilières qui a eu la mauvaise idée de rentrer trop tôt d’un congrès à l’étranger, en fera disparaître sous nos yeux toutes les traces.

Tout le reste n’est que littérature, et Richard Ste-Marie relève plutôt bien le défi. Son écriture est vive, précise, et il sait jouer avec le rythme de ses phrases de façon à garder l’intérêt du lecteur, qui sait déjà tout en partant. C’est ainsi qu’il s’attardera d’abord à décrire méticuleusement le « crime parfait » de Vincent Morin en nous faisant entrer dans sa tête, à l’affût du moindre détail et du plus minime fil qui puisse dépasser. Puis qu’il tentera ensuite de nous faire saisir les zones de noirceur dans lesquelles Morin, l’homme aux mains sales, sombrera peu à peu.

Cette partie du roman est beaucoup moins réussie ; on a même parfois l’impression de lire des passages de manuels de psychologie clinique. Richard Ste-Marie manie bien les éléments de ses intrigues, mais ses personnages manquent encore de crédibilité. Ce ne sont certes pas de simples porte-message ou porte-manteaux ; ils existent, réfléchissent, ressentent. Mais dès que l’on creuse un peu leur psyché - et il faut s’attendre à ce que l’on aborde celle d’un auteur de « crime parfait » ! -, on a l’impression de tomber chaque fois sur des passages froids, théoriques, livresques, sans vie véritable.

C’est un peu triste parce que cette histoire est fort bien menée. Même si elle piétine longtemps puisque l’on se retrouve devant une non-affaire, la partie enquête policière en surprendra plus d’un. Le personnage de Francis Pagliaro, le philosophe sergent-détective, est particulièrement réussi : on se retrouvera même parfois à rêver de rencontrer un jour dans l’actualité un policier aussi présent au monde et aussi intelligent. Menfin…

La scène finale, celle où Pagliaro fait état de tous ses dons, survient presque comme un miracle, ou du moins comme une solution finale que rien ne permettait d’entrevoir. Est-ce là la démonstration du talent exceptionnel de Richard Ste-Marie ou plutôt l’illustration bien concrète des lacunes de ses personnages ? À vous de décider.


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