Roman québécois - Un peu moins de quarante secondes

Gary Victor revient avec le récit post-séisme Collier de débris.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Gary Victor revient avec le récit post-séisme Collier de débris.

Trois ans après le tremblement de terre dévastateur en Haïti, le souvenir demeure vivace et les blessures, douloureuses. Après Soro qui évoquait la tragédie de janvier 2010, Gary Victor nous revient avec un récit post-séisme, Collier de débris. Il aura fallu un peu moins de quarante secondes pour pulvériser des quartiers entiers. Et sous cet amas indescriptible de tôles, de blocs de béton, de gravats, de ferraille et de poussière, des milliers de morts. Et des survivants sans abri et sans ressource réfugiés dans des camps.


Le romancier nous confie dans le prologue de son récit avoir eu « un besoin presqu’instinctif de se détourner de la catastrophe pour s’enfermer dans des imaginaires où les douleurs pouvaient se dissoudre ». Surmontant son angoisse, il choisit de témoigner. Pour cicatriser les blessures invisibles de l’âme, pour que ne soit pas perdue la mémoire du prodigieux sursaut qui a suivi la catastrophe haïtienne. Il raconte comment, sortis de l’hébétude, des milliers de survivants se sont engagés dans la tâche colossale de l’enlèvement des débris et du nettoyage de leur quartier redessinant la nouvelle configuration de la capitale Port-au-Prince.


Au milieu des opérations de démolition et de déblaiement se profile une femme, Myrtha. Elle a perdu son mari et son fils aîné. Sa fille, Ania, a échappé de justesse au séisme. Collier de débris raconte leur histoire, un collier d’espoir attaché au cou. « Les débris, par un curieux jeu de balancier, ramènent peu à peu la vie là où étaient gravés désespoir et mort […] Les petits commerces reprennent leurs droits. De petites unités d’habitations souvent préfabriquées s’incrustent dans le paysage. Des corridors auparavant malsains, dépotoirs et égouts à ciel ouvert, deviennent des sentiers. »


Récit-témoignage, récit de combat, récit de compassion et de réflexion aussi, Collier de débris montre du doigt les failles politiques, sociales et économiques du pays. « Nous donnions de l’espoir et des ailes aux quartiers. Rien ne changeait cependant dans la manière de nos dirigeants de diriger le pays […] L’État ici est toujours absent. La population est le cadet de ses soucis. »


Collier de débris donne la mesure du choc qui a frappé Haïti mais relate surtout la force de vie de ses habitants qui, dans la poussière et les gravats de la mort, se sont acharnés à réinventer la vie de leurs propres mains. Dans un court récit d’une grande pudeur servi par une écriture à la pointe sèche qui entaille ce que René Char appelle « la santé du malheur ».


 

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