Qui se cache derrière l’IEDM?

À question dirigée, réponse prévisible. C’est un peu la réaction du milieu de l’édition au sondage diffusé mercredi par l’Institut économique de Montréal (IEDM) sur la perception majoritairement défavorable des Québécois à l’égard du prix unique du livre.

« Les questions qui se posent sont : quelle est l’utilité d’un tel sondage, qui le commande et avec quelle visée ? Plusieurs observateurs commencent à s’interroger sur qui finance l’IEDM dans ce dossier. Ce sont les seuls ennemis qu’on a », a déclaré au Devoir Pascal Chamaillard, président de l’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française (ADELF) et porte-parole du mouvement Nos livres à juste prix, formé par la Table de concertation du livre.


Regroupant les sept associations professionnelles du milieu, celle-ci a demandé au gouvernement d’instaurer un prix réglementé pour les nouveautés, communément appelé « prix unique du livre », après avoir mené un vaste exercice de réflexion et de consultation auprès des acteurs de l’industrie.


Le sondage commandé par l’IEDM à la firme Léger Marketing révèle que les deux tiers des 1000 répondants seraient en désaccord avec une telle mesure, tandis que le quart l’appuierait.


M. Chamaillard se désole d’abord du préambule choisi pour la question principale du sondage (« Êtes-vous en accord ou en désaccord avec la mise en place d’une telle réglementation au Québec ? »). En rattachant le prix unique à l’augmentation du prix moyen des livres en magasin, il dicte selon lui la réponse des Québécois. « Si le préambule avait commencé par “ Est-ce que la diversité culturelle est importante pour vous ? ”, on aurait changé l’approche », croit-il.


D’autant que la corrélation avec la hausse des prix en magasin est trompeuse si on délaisse les répercussions immédiates du prix unique pour envisager l’écosystème culturel à long terme.


« Les études économiques le démontrent clairement : l’inflation sur les livres a été beaucoup plus forte en Grande-Bretagne [où la mesure a été abolie en 1997] qu’en France ou en Allemagne [où elle est toujours en vigueur] sur les mêmes périodes. Notre démarche vise à préserver la saine concurrence des visées oligopolistiques. »

 

Vers un oligopole


Pour l’ADELF et la plupart des acteurs de l’industrie, le portrait de la situation actuelle, sans prix unique, est clair. « On s’oriente, à terme, vers un oligopole, qui décidera de ce qui sera publié, à quel prix et à quelles conditions », dit le président, signalant les géants Amazon, Apple, Walmart et Costco, qui ont le marché du livre dans leur mire.


La montée du livre électronique accentue encore davantage la nécessité d’une réglementation, selon le regroupement Nos livres à juste prix. Une telle approche a d’ailleurs été adoptée par une majorité de pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).


M. Chamaillard se réjouit d’un aspect du sondage, passé sous silence par l’IEDM : la part la plus importante des appuis au prix unique (30 %) vient des grands lecteurs, qui dévorent 10 titres et plus par année. Si ceux qui ont à coeur la lecture emboîtent le pas à une réglementation, c’est un signe de plus que le fruit est mûr.

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