La majorité des Québécois serait en désaccord avec le prix unique du livre

Garant d’une saine diversité de l’offre éditoriale, selon les uns, et d’une hausse de prix forcée pour les consommateurs, selon les autres, le prix unique du livre fait débat actuellement au Québec.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Garant d’une saine diversité de l’offre éditoriale, selon les uns, et d’une hausse de prix forcée pour les consommateurs, selon les autres, le prix unique du livre fait débat actuellement au Québec.

Nouveau pavé dans le dossier du prix unique du livre. Deux Québécois sur trois s’opposent à l’instauration d’une telle réglementation sur le prix de vente des livres, selon un sondage Léger Marketing dévoilé ce mercredi par l’Institut économique de Montréal (IEDM), dont Le Devoir a obtenu copie.


Garant d’une saine diversité de l’offre éditoriale, selon les uns, et d’une hausse de prix forcée pour les consommateurs, selon les autres, le prix unique du livre fait débat actuellement au Québec.


La mesure, qui sera bientôt étudiée en commission parlementaire, trouve la faveur du quart (26 %) de la population alors que 65 % est en désaccord avec une éventuelle politique, selon le sondage. Ce désaccord s’avère surtout chez les non-francophones (78 % d’opposants) et chez les petits lecteurs (74 %) - ceux qui lisent un à quatre livres par année.


Le sondage identifie aussi les trois principales réactions des citoyens à une éventuelle hausse du prix du livre : 37 % d’entre eux (surtout les plus grands lecteurs) emprunteraient davantage de livres à la bibliothèque ; 31 % se tourneraient vers les rabais offerts en ligne sur des sites comme Amazon, tandis que 29 % achèteraient moins de livres - une double tendance plus forte chez les petits et moyens lecteurs.


« C’est troublant parce que c’est ceux[-ci] qu’on ne veut pas perdre, qui déjà n’ont pas des habitudes de lecture très fortes et pour qui une hausse de prix pourrait être un élément déterminant, commente Youri Chassin, économiste à l’IEDM. Ça corrobore ce qu’on a vu dans la littérature : que les gens les plus vulnérables [en matière d’habitudes de lecture] seraient les plus touchés [par une réglementation]. La solution qui est envisagée va à l’encontre de l’accès à la culture, au livre, à l’éducation. »


Le débat autour d’une réglementation du prix du livre a donné lieu à des échanges musclés au cours des derniers mois. Dans le contexte actuel, les Walmart et autres Costco monopolisent les ventes de best-sellers en offrant des rabais que les librairies indépendantes ne peuvent se permettre si elles veulent entretenir un stock de titres accessibles et des libraires de bon conseil.


Deux camps


La Table de concertation du livre milite pour une réglementation politique, adoptée par une majorité de pays de l’OCDE, afin de limiter les guerres de prix sur la vente des nouveautés. Elle propose de limiter les rabais à 10 % maximum pour les nouveautés pendant les neuf premiers mois de leur parution.


En février, l’IEDM publiait une étude concluant plutôt que le prix unique du livre entraînerait un recul des ventes de livres de 14 % au Québec. Elle se basait notamment sur les cas de la France, où la règle est en vigueur depuis 1981, et de l’Angleterre, qui l’a abolie en 1997. Plusieurs acteurs ont dénoncé l’étude de l’IEDM, qui rapportait « l’échec retentissant » du cas français, alors que les économistes en traçaient un bilan plutôt positif dans un rapport, en 2010.


Québec a promis en octobre la tenue rapide d’une commission parlementaire, mais tarde maintenant à la lancer.


Au cabinet du ministre de la Culture, Maka Kotto, on dit que le projet de loi 14, sur la nouvelle Charte de la langue française, « accapare beaucoup de temps, a affirmé au Devoir l’attaché de presse Marc- André de Blois. On ne peut pas avoir deux commissions en même temps. » Il promet que la date exacte de sa tenue sera confirmée sous peu.


La question principale du sondage, posée à 1000 Québécois du 25 au 28 février derniers, se décline en deux volets pour « faire valoir à la fois les bénéfices et les conséquences négatives allégués », précise M. Chassin.


Elle va comme suit : « Par une réglementation sur le prix des livres, le gouvernement Marois souhaiterait limiter la concurrence des magasins à grande surface et inciter les gens à acheter leurs livres dans les petites librairies. La politique interdirait d’offrir des rabais supérieurs à 10 % sur les nouveautés lors des neuf premiers mois de leur parution, ce qui ferait augmenter le prix moyen des livres en magasin. Êtes-vous d’accord avec la mise en place d’une telle réglementation au Québec ? » Une formulation qui, tout en se voulant neutre, trahit toutefois l’allégeance du think tank québécois de droite. Car si la réglementation entraîne une hausse à court terme du prix moyen des livres, son impact à long terme est loin de faire consensus.

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