La première encyclopédie en exposition

Un exemplaire original de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, composé de 17 tomes, est exposé à l’Université Laval. On peut y admirer la finesse du travail de ces deux penseurs des Lumières.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Un exemplaire original de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, composé de 17 tomes, est exposé à l’Université Laval. On peut y admirer la finesse du travail de ces deux penseurs des Lumières.

Le précieux livre qui compte 17 tomes a monopolisé plus de 20 ans de travail et le concours de 150 auteurs et illustrateurs. Première encyclopédie publiée en français, cette somme a défini le Siècle des lumières.


D’une planche à l’autre, la finesse du travail fascine. On admire cette immense représentation d’une puce ou l’inventivité des descriptions. Le commissaire Thierry Bellegic souligne que Diderot et consorts ont fait preuve d’une audace incroyable aussi dans leurs définitions.


« Ils se sont livrés à un véritable jeu du chat et de la souris vis-à-vis du clergé », explique-t-il. Ainsi, l’entrée pour « dieu » était tout ce qu’il y a de plus prévisible, mais les auteurs glissaient des propos anticléricaux dans des mots en apparence insignifiants comme « capuchon ».


Quelle résonnance pour aujourd’hui ?


Alors que nous discutons, des étudiants étudient juste à côté, plongés dans leurs livres et surtout leurs ordinateurs. Les encyclopédistes peuvent-ils vraiment les rejoindre ? Un monde semble séparer cette époque en manque de connaissances et le surplus parfois désordonné d’informations qui caractérise notre ère…


Justement, rétorque M. Bellegic, qui enseigne aussi la littérature. « L’encyclopédie, c’est l’ancêtre de cette volonté de diffuser très largement les savoirs d’un temps » qui caractérise le Web. Sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia, il note qu’elle procède comme les encyclopédistes du 18e par « renvois » d’une définition à l’autre. « Il y a cette même volonté de tirer des réseaux de signification. »


L’exposition est présentée à l’entrée de la Bibliothèque des sciences humaines, mais on présente aussi une annexe en sciences naturelles dans la Bibliothèque des sciences.


Là, on a eu la bonne idée de puiser dans la collection animalière de l’Université pour accompagner les entrées de l’encyclopédie. De vieux appareils de mesures accompagnent aussi certains descriptifs. La passion scientifique des auteurs est patente. À noter aussi cette planche incroyable d’une autre encyclopédie où on décrit l’art des chasser la corneille « avec des cônes de papier quand c’est l’hiver »…


L’Université Laval a acquis l’Encyclopédie en 2011 du Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière  pour 60 000 $. Le livre demeure assez rare. On sait qu’il avait été vendu en 4225 exemplaires à l’époque, mais le commissaire ignore combien d’exemplaires se trouvent en Amérique du Nord. Le Musée de l’Amérique française a sa copie comme la chapelle du collège Brébeuf à Montréal, mais les exemplaires sont rarement exposés au grand public.


L’exposition sera présentée jusqu’au 25 octobre prochain. Pour souligner le 300e de Diderot, d’autres activités sont prévues à l’automne, dont des conférences thématiques.

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