Krugman et le nerf politique de l’argent

Commencée à Wall Street en 2008, la crise économique mondiale entre dans sa cinquième année. L’économiste américain Paul Krugman reproche aux gouvernements occidentaux de s’entêter à ne pas y remédier. Il a la finauderie de citer le mot de son compatriote le romancier Upton Sinclair : « Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme quand son salaire dépend du fait qu’il n’y comprenne rien. »


Dans Sortez-nous de cette crise… maintenant !, le chroniqueur du New York Times et Prix Nobel d’économie exhorte les dirigeants à faire le contraire de ce qu’ils font. Au lieu de se plier aux diktats de l’oligarchie de l’argent, infime minorité qui les protège et les influence, ils devraient mettre l’accent sur l’emploi en se tournant vers l’immense majorité des citoyens qu’ils se targuent, en démocratie, de représenter.


C’est dire qu’il leur faut redécouvrir le principe de Keynes : « C’est en phase d’expansion, pas de ralentissement, qu’il faut appliquer l’austérité. » Krugman explique avec un pragmatisme et une simplicité qui emportent la conviction : « Aujourd’hui, l’État doit dépenser plus, pas moins, jusqu’à ce que le secteur privé soit en mesure de reprendre son rôle de moteur de l’économie. »


Selon l’économiste, même Barack Obama est, contrairement à ce que l’on aurait dû espérer de lui, plus attentif aux conseils des conservateurs qu’à ceux des libéraux : accroître les dépenses publiques pour augmenter le revenu des particuliers et réduire le chômage ne lui apparaissent pas prioritaires. De concert avec Stephen Harper et les autres dirigeants occidentaux, il privilégie une solution monétariste.


Mais, comme Krugman en fournit l’explication limpide, les banques centrales ne peuvent « pas persuader le secteur privé de dépenser davantage en se contentant d’augmenter la quantité de monnaie en circulation ». La prospérité collective ne se confond pas avec « une trappe à liquidité ».


L’économiste dénonce, à propos de la débâcle financière américaine de 2008, la théorie de droite selon laquelle « l’accroissement de la dette serait imputable aux progressistes bien-pensants et aux organismes publics, qui auraient forcé les banques à prêter aux acquéreurs issus des minorités et subventionné des crédits immobiliers douteux ». Il attribue plutôt la montée du déficit aux banques d’investissement qui, déréglementées, ont favorisé la spéculation d’aventuriers sur les titres reliés à ces crédits.


Le gouvernement américain a dépensé des sommes astronomiques pour renflouer l’ami des aventuriers : le système financier privé du pays. Il a montré au reste de l’Occident l’exemple d’une confiance aveugle en l’argent en détachant celui-ci des biens concrets produits par le travail. Une telle absurdité donne raison à Krugman : la solution de la crise économique peut seulement être politique.


 

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