Sollers, autoportrait en femmes


	Philippe Sollers, né en 1936, manie toujours la provocation et l’ironie avec autant de brio.
Photo: Agence France-Presse (photo) Bertrand Guay
Philippe Sollers, né en 1936, manie toujours la provocation et l’ironie avec autant de brio.
Toute son œuvre pourrait être lue comme un commentaire en marge de l’éternel féminin. D’Une curieuse solitude à Femmes, jusqu’à ses derniers romans, parfois plus faibles, où il semble souvent se contenter d’avancer en roue libre et de faire entendre sa petite musique, Philippe Sollers a ses fidélités.
 
Qu’elles soient muses, « artistes de la vie » ou « femmes-miracles », elles prennent ici et là sous sa plume, depuis 50 ans, la forme d’une véritable obsession — dans le meilleur sens du terme. De celles qui vous font vivre des nuits blanches, vous poussent à vous lever le matin ou vous font écrire.
 
D’accord, ce Portraits de femmes sent parfois un peu le réchauffé — on a l’impression par moments de lire le verbatim d’une série radiophonique diffusée sur France Culture à l’été 2010. Il est un temps, sans doute, dans la vie d’un écrivain où l’invention (quand elle a existé) se fait moins radicale. Où on a tout dit et de toutes les façons.
 
Mais cet écrivain né en 1936 manie toujours la provocation et l’ironie avec autant de brio. Elle recouvre quelques passages lumineux, colore des réflexions pleines d’humour, de sensibilité et d’intelligence. Sollers y convoque les femmes de sa vie : sa mère, Eugenia l’anarchiste basque (et bisexuelle), initiatrice amoureuse d’Une curieuse solitude, Dominique Rolin, Julia Kristeva.
 
Des portraits de femmes, oui, mais c’est surtout un portrait de lui-même que trace ce « réfractaire de naissance ». « On ne naît pas homme, écrit-il, on le devient, la plupart du temps à ses dépens. C’est un long chemin dangereux qui, le plus souvent, ne mène nulle part. » Un petit livre chargé de lucidité et de liberté.
 
La jalousie ? « Je n’ai jamais compris ce que signifiait la fidélité sexuelle, et je trouve lumineuse la distinction sartrienne entre amours nécessaires et amours contingentes. » En Occident, le mariage, autrefois instrument de l’oppression des femmes, semble aujourd’hui servir au contrôle des hommes. « Quelque chose est retombé, écrit l’auteur de Passion fixe, on ne s’amuse plus, la gratuité s’est évaporée, sale temps pour la liberté. »
 
Suite forcément « logique » de La guerre du goût, d’Éloge de l’infini et de Discours parfait (Gallimard, 1994, 2001 et 2010), un nouveau volume de textes de Philippe Sollers reprend des trucs parus en revues, quelques inédits, une improvisation dans un taxi à Rome. Il y a à boire et à manger dans ces Fugues. Et on y retrouvera sans déplaisir quelques vieux dadas de l’auteur — Lautréamont et Sade, Mozart et Debord, la langue. Des pages consacrées aux femmes, bien sûr, toujours, réelles ou romancées. Sur Molly Bloom ou sur les photos de Willy Ronis.
 
Et puisque Sollers a tout compris de la Chine, et depuis longtemps, ce sera « L’évidence chinoise » et « Comment être Chinois ». De nombreuses transcriptions d’entretiens, aussi, qui donnent un vernis vaguement, disons, hagiographique à ces Fugues. Et quelques vieilles choses aussi, exhumées des années 70 et 80. Mine de rien, Sollers est en train de nous servir ses œuvres complètes.

 
Collaborateur

À voir en vidéo