Oka et Octobre 1970, ces crises soeurs

La crise d’Oka, essai d’Émilie Guilbeault-Cayer, tombe pile. Il réinterprète les événements de 1990, les compare à ceux d’Octobre 1970 et dévoile un Québec où les rapprochements dépassent les différences. La jeune historienne a donné à son livre un sous-titre inspirant: Au-delà des barricades. Elle y souligne qu’à Oka, en banlieue de Montréal, l’extrême tension de 78 jours, durant l’été 1990, entre des Warriors mohawks masqués, lourdement armés, et les forces de l’ordre (la Sûreté du Québec, puis un régiment francophone de l’armée canadienne), devint, grâce aux médias, «le symbole mondial des revendications autochtones et de l’incompréhension régnant dans ce domaine».


La mort d’un agent de la SQ, la participation au conflit des Mohawks de Kanesatake (Oka), de Kahnawake, sur la Rive-Sud, et d’Akwesasne (Saint-Régis), les dissensions entre les Warriors (liés à la contrebande, aux casinos) et les traditionalistes qui, pacifiques, se réclament de la spiritualité iroquoise, entremêlent violence, solidarité amérindienne et désunion des protestataires. Les relations entre l’État québécois et les autochtones, pourtant prometteuses sous René Lévesque (de 1976 à 1985), sont bouleversées.


Réforme


La reconnaissance en 1983 par le gouvernement péquiste des peuples aborigènes comme «nations distinctes» et de leurs «droits de souveraineté», à l’intérieur du Québec, ne pouvait se concrétiser à moins d’une réforme de la Constitution canadienne, puisque la question autochtone est de compétence fédérale. Comme Lévesque était en froid avec Ottawa depuis le rapatriement en 1982 de la Constitution sans l’aval du Québec, toute évolution constructive devenait impossible.


Émilie Guilbeault-Cayer a l’intelligence d’établir que les deux grandes revendications identitaires dans la Confédération canadienne, l’autochtone et la québécoise, sont si stratégiquement reliées qu’elles paraissent empiéter l’une sur l’autre. Elle fait un parallèle au symbolisme puissant : à Oka et en octobre 1970, un groupe revendicateur et violent se heurte au gouvernement québécois du libéral Robert Bourassa et à son grand frère l’État canadien, un homme meurt, l’armée intervient…


En Nouvelle-France, surtout après la Grande Paix de Montréal (1701), les ancêtres des Amérindiens et ceux des Québécois cheminèrent côte à côte, mais la Conquête britannique rompit cet équilibre. Tirant leçon de la crise d’Oka, un gouvernement péquiste signe en 2002 la paix des braves avec les Cris. «Excellent exemple» de progrès, note Émilie Guilbeault-Cayer. Deux nations dominées sont faites pour se comprendre. La plus humiliée reste toujours le miroir subliminal de l’autre.


 

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