Chomsky, le père des indignés

Noam Chomsky affirme dans Ocuppy que le mouvement lancé à New York en 2011 « constitue une première grande riposte populaire » depuis le passage, dans les années 70, d’« une économie de production » à une phase de « manipulations financières ».
Photo: La Presse canadienne (photo) Hatem Moussa/AP Noam Chomsky affirme dans Ocuppy que le mouvement lancé à New York en 2011 « constitue une première grande riposte populaire » depuis le passage, dans les années 70, d’« une économie de production » à une phase de « manipulations financières ».

Un militant d’Occupy Boston, l’un des nombreux rejetons d’Occupy Wall Street (né en 2011), demande à Noam Chomsky, qui, figure mondiale du socialisme libertaire, soutient le mouvement dès ses débuts, s’il veut devenir « le porte-parole de la volonté démocratique des États-Unis ». Ce dernier répond : « Pourquoi vouloir absolument désigner un leader ? » Pour lui, la démocratie directe, non autoritaire, peut par l’autogestion subvertir en douce le capitalisme.


Il refuse, à bon droit, de s’en prétendre le chef, mais on devrait voir en lui le père invisible du mouvement spontanéiste. Celui-ci, dans son indignation contre le chômage postindustriel, met en pratique, sans nécessairement s’en rendre compte, les idées du penseur de l’anarchisme positif, rationnel et pacifique. L’essai Occupy de Chomsky, dont un admirateur belge, le physicien Jean Bricmont, préface l’édition française, en témoigne.


L’infatigable intellectuel américain y affirme : le mouvement lancé à New York en 2011 « constitue une première grande riposte populaire » depuis le passage, dans les années 70, d’« une économie de production » à une phase de « manipulations financières ». Ce changement correspond, explique-t-il, à la baisse de l’usage, par les multinationales, de la main-d’oeuvre industrielle des États-Unis et des autres pays développés au profit de l’exploitation, à meilleur marché, de celle des pays émergents.


Par la netteté, la puissance dialectique, son interprétation du mouvement Occupy dépasse sans doute tout ce qui s’est dit jusqu’à ce jour. Chomsky précise : « Aux États-Unis et dans le reste du monde, nous assistons à un soulèvement, à mon sens bien trop tardif, contre la politique néolibérale qui nous est imposée depuis trente ans. »


Il a l’originalité d’inscrire le phénomène dans une continuité pleine d’espoir, en le comparant à des mouvements populaires des années 60, qui, eux aussi, hétéroclites et spontanés à l’origine, n’en ont pas moins porté leurs fruits. Les luttes pour l’émancipation des Noirs et des femmes ou contre la guerre du Vietnam n’ont-elles pas, comme Chomsky le rappelle, fait des États-Unis « une nation plus civilisée aujourd’hui qu’ils ne l’étaient » il y a 50 ans ?


La société américaine s’améliore, lentement mais sûrement, à l’échelle locale où le mouvement Occupy a, par intuition, trouvé un tremplin. Reconnaissant l’économiste et politologue Gar Alperovitz, auteur d’America Beyond Capitalism (2004), comme le visionnaire de l’heure, l’essayiste trouve « révolutionnaire » que, « dans l’Ohio et ailleurs, des centaines d’usines détenues par les travailleurs et par la communauté locale envisagent de passer à l’autogestion ».


Anarchiste subtil, Chomsky épure l’idée libérale d’une entreprise capitaliste ouverte à tout investisseur en remplaçant l’actionnariat inégalitaire par la propriété commune égalitaire. La pseudo-démocratie des plus riches s’y trouve subvertie par la démocratie de tous.


 

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