Poésie - Kim Doré au coeur du vivant

Kim Doré est coéditrice chez Poètes de brousse et vient de sortir son quatrième recueil, In vivo.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Kim Doré est coéditrice chez Poètes de brousse et vient de sortir son quatrième recueil, In vivo.

« Accoudé [e] à la première fenêtre de vivre », Kim Doré regarde dedans, regarde dehors, et parle d’enfermement. Terrible, souvent, la poésie de Kim Doré, qui ne cherche la clarté que dans l’affrontement du pire, du terrible contraignant. Sort-on vivante du tombeau des rois ? se demandait en son temps une Anne Hébert ; est-on vivante dans le tombeau des jours ? semble toujours se demander une Kim Doré en alerte, inquiète, refrénée dans ses bonheurs précaires.


« Dans la cohue le miracle, mon unique avance sur les morts, les voix à toucher. Tous ceux qui pleurent, je prends, et ceux qui aiment, je prends plus fort », confie-t-elle. Guérir des épidémies comme des affections qui restreignent le coeur, qui empêchent l’effluve des amours proches. Elle insiste : « je suis malade : pliée en deux malade, le crâne fendu, avec tout le langage qui s’échappe au milieu. »


On parle, on voit, on vit. Par charité, dirait-on, à l’égard de soi-même, de ceux et celles auxquels on tient. Parce que… parce que c’est « un vieillard grandiose le coeur » qui cogne jusqu’à plus soif les hallalis, les alarmes. Charité, disais-je, parce qu’il y a la figure du don qui insiste chez cette poète, le don de soi, le don de vie, quelque chose d’un altruisme presque religieux, qui sauverait, quoique… Des doutes, un insidieux mélange d’espoir et de lucidité, un foisonnant tremblement de la pensée incertaine tremblent, constamment, au creux des poèmes.


Comment, en effet, s’affranchir du désespoir ? Car l’image récurrente de la peste revient hanter l’air ; les corps, les âmes, les jeux sont malades… Mais les verbes font procession et disent la voie à suivre : « recouvrir / encaisser / avancer / rompre / voir / faiblir / frôler / reconnaître / croître / fuir / entendre / vivre / aimer / croire / anéantir / bégayer / léguer / sortir ».


Voici un vrai livre, ce qui est plus rare qu’on ne le croit, traversé par une pensée, par un souffle poétique intense. In vivo, les fluctuations d’une foi en la vie malmenée au gré de la vie même, mais un acte de foi, tout de même, car il y a les enfants qui sont fatalement nés pour cet avenir qu’il faut bien affronter si on veut que cela dure : la pulsion du sang, la pulsation du coeur, l’effervescence des sentiments, « en un mot tout l’amour / et la guerre d’un coup ».


 

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