Le Nord dans l’objectif

Jean Désy et Serge Bouchard ont parcouru le Nord et en parlent avec passion.
Photo: Objectif Nord Jean Désy et Serge Bouchard ont parcouru le Nord et en parlent avec passion.

La première fois que Jean Désy est allé dans le Grand Nord du Québec, c’était en tant que médecin dépanneur dans le village inuit de Pivurnituk. Dans les années précédentes, son métier l’avait beaucoup amené à bourlinguer, sur la Côte-Nord, en terre innue et en terre crie.

Aujourd’hui, il a fait sien ce Nord qui le fascine. Et il vient de signer, avec son ami l’anthropologue Serge Bouchard, poète lui aussi, un très beau livre aux éditions Sylvain Harvey, Objectif Nord. Le Québec au-delà du 49e. Avec des photos à couper le souffle.


Le Nord, dit-il, c’est d’abord et avant tout un espace nomade, que les autochtones ont historiquement arpenté sur des milliers de kilomètres. Jean Désy aime parler des Cris qui faisaient le voyage en canot de Tadoussac à la Baie-James pour le commerce des fourrures, ou encore du grand tour qu’ils faisaient par Goose Bay pour chasser le canard. Les Français et les Anglais ont eux aussi occupé ce territoire en nomades, dit-il, avant que les uns et les autres ne fondent des villages, des villes, ne se retrouvent dans des réserves.


Aujourd’hui, la nordicité est pour Jean Désy une identité, que se partagent autochtones et non-autochtones. Un désert aux richesses hallucinantes. Une terre infinie au climat rigoureux, que la technologie moderne permet peu à peu d’apprivoiser.


« Mon pays, c’est encore plus que l’hiver ; mon pays, c’est la glace, c’est la neige, écrit Serge Bouchard. Mon pays, c’est l’espace, le grand terrain de jeu de la nuit et de la lumière ; mon pays est un ours blanc qui en rencontre un noir, à Kuujjuaraapik, là où la taïga rencontre la toundra. »


On a rêvé de cultiver le Moyen-Nord, raconte Jean Désy. « Mais les choses se sont déroulées autrement. Ce sont les mines qui ont accéléré le développement abitibien. Mais demain, qu’arrivera-t-il, sachant toute l’efficacité des moyens techniques ? Le Nord continue de faire rêver. Le Nord demande qu’on le rêve plus que jamais. Mais ce rêve doit être fait dans l’harmonie », écrit-il.


Objectif Nord n’a pas été écrit pour vendre le Nord, il a été écrit pour l’aimer. Aussi, Jean Désy y a donné la parole à ceux qui l’aiment et qui l’habitent, Roméo Saganash, Emily Novalinga, Brigitte Lebrasseur, pour ne nommer que ceux-là. « Je viens d’un village que d’autres appellent réserve, écrit la jeune Naomi Fontaine. […] Des autos qui contournent les gens qui marchent dans la rue, sans klaxonner. Des grandes soeurs qui promènent leur petit frère en poussette. Je viens d’un espace restreint. De ces quelques kilomètres carrés, parce qu’ailleurs ils ont cru que ceci valait mieux que l’immensité. » Un livre magnifique sur un Nord métis. Un livre métis sur un Nord magnifique.

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