Polar - Mourir, la belle affaire

Le monde de la littérature noire et policière a maintenant sa place pleine et entière en littérature contemporaine. Et il est vaste : thrillers, romans noirs, enquêtes sur fond historique, drames psychologiques. L’Argentin Gastón Sironi inscrit les quatorze nouvelles de Noirs horizons dans ses marges. Son recueil de nouvelles partagé en deux parties (Noirs et Horizons) est une peinture quasi métaphysique d’une humanité terrassée par le mal et de l’expression des pulsions les plus violentes que l’être humain puisse abriter dans ses entrailles. L’auteur nous entraîne dans les bas-fonds de Buenos Aires et de Córdoba. Des tueurs à gages professionnels minables, grotesques, burlesques, sinistres, sont responsables de crimes sanglants, raciaux ou commandités. Trahison, manipulation psychologique, vengeance passionnelle, corruption et règlement de comptes, la mort ne louvoie pas. Dans un style bref et direct, Gastón Sironi parvient en quelques mots à rendre le lecteur en prise directe avec la brutalité invraisemblable des personnages et des scènes.


Les nouvelles de la deuxième partie montrent un univers tout aussi tordu. Les hommes et les femmes sont tous près de (ou dans) la folie, des feuilles portées par le vent, des êtres tristes, victimes d’un quotidien dont personne ne sort indemne. Dans ces récits où le rêve et la réalité s’enchevêtrent, Gastón Sironi explore les thèmes de l’amitié, de la solitude, de la recherche de l’amour.


Malgré le portrait assez sinistre que dresse l’écrivain argentin de ses semblables, les nouvelles de Noirs horizons sont teintées d’une étrange beauté, un peu à l’image des tableaux d’Edvard Munch. Entre l’ondulation de la mort et de la douleur, de la lumière et de l’ombre, il y a malgré tout la vie, à laquelle s’attache le langage pour en tirer un sens ou une musique, et ce, au coeur même d’une noirceur qui perdure, comme si le noir était une couleur.


Que dire de l’écriture quand elle aborde des rivages aussi sombres ? Les nouvelles de Noirs horizons suscitent aussi curieusement, parfois, une douceur indicible, un bercement insondable. Une descente vertigineuse dans les noirceurs de l’âme humaine, oui. Mais pour faire contrepoids à la violence et à la fatalité, Gastón Sironi fait tout sauter à coup d’humour… noir.

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Collaboratrice

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