Revues - Entre ras-le-bol et utopie

Il serait suspect de trop s'étonner des multiples revues et petites maisons d'édition qui voient le jour depuis quelques saisons. Contre toute logique marchande, les jeunes générations tentent de se réunir dans des lieux moins connotés tout en infiltrant les espaces existants. En cette rentrée, un petit cahier rouge fait main signale la naissance du collectif Espace Dialogue, qui veut réunir écrivains et autres artistes par une plate-forme de production, de diffusion et d'échanges. Avec «La déclaration d'ouverture», la revue Dialogis est donc née.

Un manifeste en deux temps meuble les quelques pages de cette première édition. La partie principale, paraphée par une vingtaine de créateurs, est rédigée par Jean-Simon DesRochers, qui travaillait jusqu'à tout récemment aux Herbes rouges, où il a publié deux recueils de poésie. On retrouve parmi les signataires d'autres auteurs ayant publié au même lieu: Jean-Sébastien Huot, Mathieu Boily et Julie Fauteux, en plus d'écrivains nichés ailleurs tels Jean-Éric Riopel (nouvellement codirecteur d'Estuaire), Éric McComber et Guillaume Vigneault.

«Nous proposons que Dialogis devienne un espace de résistance à l'isolement intellectuel, un réseau de ponts reliant les îles désertes que nous sommes devenues [sic]», peut-on lire ici. La déception est claire, les idéaux aussi élevés que louables, et plusieurs 25-35 ans prêteront l'oreille avec attention. On s'insurge ici contre le manque de communication entre artistes, contre le cynisme ambiant, en plus de rejeter une posture universitaire jugée idolâtre, tout cela en évitant de fermer trop d'horizons.

Contrairement au premier numéro de Contre-jour, les gens de Dialogis ont en effet préféré laisser un maximum de pistes ouvertes, ce qui laisse néanmoins un peu en appétit. «À l'heure actuelle, beaucoup de revues interrogent les arts, la culture et les idées. Mais les espaces de rencontre entre artistes, écrivains, penseurs et chercheurs sont presque inexistants», dira pour sa part Éric Gougeon dans le second volet. On aimerait voir la proposition s'étoffer un peu, mais la curiosité est piquée.

Relativement stimulante, l'initiative devra vite prouver son originalité, d'autant plus que plusieurs de ses signataires évoluent toujours au sein d'autres réseaux et organismes culturels. Doit-on entrevoir Dialogis comme un supplément à leur travail au sein desdites «chapelles» ou comme une future nébuleuse vouée à remplacer des initiatives s'approchant de leur terme? Ce sera à vérifier non seulement dans les prochaines parutions de la revue mais aussi avec les diverses ramifications qui feront vivre Espace Dialogue.

Dialogis, no 1

«La déclaration d'ouverture»

Montréal, septembre 2003