Bande dessinée - Le mystère Sherman dévoilé

Une planche tirée de Le pardon. Jeannie, sixième et dernier tome de la série Sherman
Photo: Éditions du Lombard Une planche tirée de Le pardon. Jeannie, sixième et dernier tome de la série Sherman

Les bonnes histoires ont parfois une fin. C’est le cas de la série historique Sherman (Les Éditions du Lombard), qui, avec ce sixième tome, dévoile finalement les clés de son mystère.


L’épisode s’intitule Le pardon. Jeannie. Sous la couverture cartonnée, on retrouve le vieux Jay Sherman face au destin trouble dont le cadre a été posé l’an dernier dans le premier volet. Retour en arrière : son fils, Robert, entre alors dans la course à la présidence des États-Unis, quelque part dans les années cinquante. Il est jeune. Il est aimé. Un tueur va mettre fin à son ascension en pleine assemblée publique. Le meurtre sera suivi d’une voix au téléphone : « Tout se paye ici-bas et le moment est venu de payer pour ce que vous avez fait, M. Sherman. » Mystère. Mystère…

 

Bédé noire


Sur cette base, Stephen Desberg au scénario et Griffo à la plume signent ici une épopée historique fascinante qui se promène avec intelligence dans le temps, entre la montée du nazisme, la Shoah, les alliances troubles entre industriels et financiers, Allemands et Américains, et surtout entre tous ces petits secrets et ces petites trahisons qui, quelques années plus tard, pourraient avoir été les germes de la vengeance qui vient de coûter la vie au fils de Sherman et qui, annonce la voix au bout du fil au téléphone, va aussi lui retirer sa fortune, sa maison, sa fille, sa vie, quoi.


Soutenue avec une efficacité redoutable tout au long de chacun des six épisodes, l’intrigue qui tient cette autopsie d’un drame met en scène des brevets de compagnies pharmaceutiques, des banquiers peu scrupuleux, des histoires d’adultère, des amours impossibles, des jeux de coulisse et, surtout, du chantage, le tout placé dans l’environnement graphique d’une époque, particulièrement bien rendue d’ailleurs, où la morale, les idéaux et le respect devaient forcément composer avec des contraintes que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.


Magistral, ce Sherman se révèle également un divertissement avec du contenu et des références à la pelle qui explore les facettes de la fidélité, de l’horreur érigée en dogme, de la fragilité des amitiés et des conséquences funestes que tout ça peut avoir, lorsque cela n’est pas pris au sérieux. L’oeuvre révèle également ce côté dense du 9e art, qu’on a toujours plaisir à lire.

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