Nature - Des loups, des rennes et des hommes

En 2008, l’aventurier et réalisateur Nicolas Vanier met le cap sur la Sibérie pour y tourner un long-métrage, Loup. Comme son nom ne l’indique pas, ce film aborde la vie des Évènes, fascinant peuple nomade de Yakoutie, dont le quotidien est intimement lié à celui des rennes et, partant, à celui de leur prédateur : le loup.

Quatre mois sur la piste des carnassiers


Pendant les quatre mois de ce tournage dans les monts Verkhoïansk, un photographe féru de nature sauvage est présent sur le plateau, mais aussi dans les alentours : chaque jour, Patrick Blin croque les grands carnassiers dans tous leurs états.


Tantôt il les fige dans leur course effrénée sur le tapis neigeux ; tantôt il en surprend un, stoïque, aux aguets ; une autre fois, il saisit sur le vif trois ou quatre louveteaux roupillant dans leur tanière ou en train de se chamailler autour de leur mère à l’inquiétante fourrure anthracite.


Si plusieurs images ont été saisies de loin avec une longue focale, d’autres l’ont été de proche après que le photographe animalier eut patiemment attendu au sein de la meute pour se « fondre dans leur domaine, devenir partie de leur territoire ». Le fruit de cette patience : des clichés d’un grand naturel, d’une simple et pure beauté.

 

Saisir les rennes


Pour les photos de rennes, l’inspiration du photographe est venue de leur multitude, comme il le dit lui-même. « J’ai beaucoup tourné autour d’eux afin de trouver le bon angle […], les formes et le graphisme que je désirais, […] toujours calmement, pour ne pas les effrayer ». Il en résulte notamment de superbes compositions en plans serrés, où les bois des rennes forment de splendides trames abstraites.


Un équilibre fragile, et menacé


L’ouvrage de Patrick Blin compte également une touchante galerie de portraits d’Évènes, qu’ils soient en trois quarts face, à dos de renne, sillonnant les neiges en traîneau ou perdus au coeur de la taïga tapissée de lichen, principale denrée du renne. Mais ce territoire est aujourd’hui menacé, le lichen supportant mal le réchauffement climatique. Et sans lichen, pas de rennes ; sans rennes, plus d’Évènes nomades ni de loups. Combien de temps encore survivront et les uns et les autres, dans l’immensité de la Yakoutie ?


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Collaborateur