La bédé-choc de 2012 - Une histoire vraie si loin, si proche

Photo: Les Arènes

Toute ressemblance avec des personnages présents n’est pas vraiment une coïncidence. Dans les années 1970, la Cosa Nostra, depuis Palerme en Italie, est de loin la plus grande organisation criminelle au monde, qui étend sa triste et délétère influence un peu partout sur la planète. Le clan de Corleone fait alors planer sur la Sicile une sale odeur de pot-de-vin, de collusion, de corruption, de manipulation de contrats publics et surtout de règlement de comptes qui, entre crise mafieuse interne et tension avec le gouvernement, finit par pourrir et mettre en péril le principe du vivre-ensemble.

La pieuvre (Les Arènes) Manfredi Giffone, Fabrizio Longo et Alessandro Parodi L’insoutenable est perceptible. Il va aussi inciter les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino à attaquer la bête de front, pour mettre à terre ce système mafieux. Un projet qui va les amener de la famiglia jusqu’aux plus hautes fonctions de l’État italien, avant de les conduire à leur perte. La pieuvre (Les Arènes) raconte sur 370 planches leur détermination et leur combat au nom du bien commun. L’album est sorti en mars dernier, soit cinq mois après l’annonce de la tenue d’une commission d’enquête sur l’industrie de la construction au Québec, mais bien sûr les deux événements ne sont pas liés. Tout en aquarelle, il met en case l’incroyable travail de recherche et de documentation orchestré par Manfredi Giffone, Fabrizio Longo et Alessandro Parodi pour ramener dans le présent cette autopsie du passé sombre de l’Italie. Avec des personnages dont les contours puisent dans l’univers animalier — un peu à l’image du légendaire Maus de Spiegelman —, le fil du temps se remonte ici, entre fascination et indignation, au rythme des affaires, des enlèvements, des arrestations, des témoignages, des libérations douteuses, des mères protégeant leur enfant, mais surtout de la ténacité des magistrats qui ont été à l’origine de l’opération « Mains propres » avant de périr sous des charges démesurées d’explosifs placés sous une voiture. Ce retour en arrière en bande dessinée historique, bien loin du Québec, serait passé presque inaperçu à une autre époque. En 2012, il se charge finalement d’une incroyable pertinence.