Semer la mort à tous vents

Ça ne va pas bien, vous l’avez peut-être remarqué. Les flambées de violence, les guerres, les faillites en tous genres et le vrai monde ordinaire qui crève pour rien… On connaît. Mais il suffit parfois d’un livre pour nous faire saisir que ça pourrait être encore pire.

Le deuxième roman de Roger Smith, paru dans la collection dirigée par Robert Pépin, plonge le lecteur au coeur de l’enfer : les faubourgs du Cap, en Afrique du Sud. On y assiste à une bonne vingtaine de morts en direct sur fond de cruauté sanguinolente et déshumanisée, le tout en un peu moins de trois ou quatre jours. Presque un roman gore, en fait, n’était la qualité exceptionnelle de l’écriture - et de sa traduction, ne l’oublions jamais ! - de ce monsieur Smith, que l’on ne connaissait pas et qui arrive avec ce portrait magistral d’un monde courant à sa perte. Ouf !

 

Magnifique horreur

L’intrigue de ce violent opéra sur la mort de l’homme est trop complexe pour qu’on la résume ici en quelques lignes. Disons succinctement que le retour au bercail d’un mercenaire engagé en Irak et l’assassinat d’un trafiquant d’armes déclenchent une guerre des gangs dans les quartiers pauvres de la ville. En parallèle, un personnage démoniaque sème la mort à tous vents (comme les dictionnaires) en étripant à peu près tout ce qui bouge dans le but de retourner en prison avec son « épouse »…

C’est un livre si terrible qu’il en devient magnifique. Smith met en scène des personnages démesurés qui n’ont plus rien d’humain. Comme Piper, le charcuteur à l’haleine de mort. Comme tous ces autres aussi qui n’existent que pour fumer une pipe de crystal meth (« tik », ici) et qui sont prêts à tout pour continuer à se brûler le cerveau. Parce qu’il n’y a pas d’autre chose à faire. Parce qu’ils n’ont pas de vie. Pas de conscience ou d’espoir. Pas de moyens, sinon leurs poings ou les armes ramassées sur des cadavres. Des sous-hommes, qui vendent leurs femmes et leurs enfants pour se geler et ne plus sentir qu’ils ne sont là pour rien. Des non-humains, pas à cause de leur couleur ou de leur religion, mais à cause du vide qui les habite et les définit. Brrrrr.

Et comme pour faire ressortir davantage la profondeur du vide qui s’ouvre sous chacune de ses phrases, Roger Smith place le personnage de Blondie au coeur de l’action. Cette femme naturellement belle, et riche en plus, est l’épouse du trafiquant d’armes assassiné. Ancien modèle, elle se révélera à elle-même tout au long de cette histoire terrifiante dont elle a, au départ, bien peu de chances de sortir vivante. Un livre qui se boit comme un grand verre d’huile de ricin…

 

Collaborateur