Religions américaines

L’histoire religieuse des États-Unis peut-elle être dissociée de l’histoire politique ? Il suffit de noter la quasi- absence des catholiques à la présidence (seule exception : John F. Kennedy) pour mesurer l’importance de la tradition protestante et l’impact de l’appartenance religieuse sur l’évolution des politiques publiques. Les chiffres parlent : les plus récents sondages établissent à 92 % le nombre des Américains qui se disent croyants, et à 60 % ceux qui prient quotidiennement. Ces chiffres signalent le caractère exceptionnel de l’expérience américaine.


Les historiens multiplient les études pour tenter de comprendre l’évolution des premières communautés, celles des puritains en particulier, vers le modèle connu aujourd’hui sous le nom de « dénominationnalisme ». On désigne là la multiplication, quasi exponentielle, des « Églises » chrétiennes et syncrétiques, depuis l’émergence du mouvement du renouveau religieux du XIXe siècle. Difficile de saisir ce phénomène sans le raccorder à l’histoire régionale, chaque communauté ou « Église » constituant d’abord une réponse originale à une situation sociale particulière. De plus, plusieurs confessions n’appartiennent pas de plein titre aux dénominations chrétiennes et se sont constituées de manière autonome, empruntant souvent à plusieurs traditions. C’est le cas, à tous égards stupéfiant, des Mormons, la religion de Mitt Romney. Fondée sur une révélation angélique, cette religion doit tout à un prédicateur charismatique, Joseph Smith, mais elle s’est imposée grâce à son insertion dans l’histoire sociale et culturelle de l’Utah, et notamment à Salt Lake City où elle a installé son centre.

 

Le reste des saints


Dans un livre très documenté, l’historien français Lauric Henneton reconstruit le récit des premières périodes de cette évolution en se concentrant sur les divers mouvements de réveil jusqu’à la Première Guerre mondiale. Il s’y intéresse à l’interprétation du récit mythique des Pèlerins fondateurs (le Mayflower), où il voit une forme théocratique de religion politique. On y rencontre des personnages fascinants, comme Mary Dyer, disciple d’Anne Hutchison dès 1637 et grande figure de la religion Quaker. L’étude de cette période fondatrice révèle des tensions importantes eu égard à la tolérance, un fait qui illustre la difficulté de recourir à une interprétation univoque des raisons de la migration religieuse des protestants persécutés en Europe.


Nation providentielle


Chaque chapitre de l’ouvrage donne accès à une période de l’histoire américaine, entre le moment fondateur et la Première Guerre mondiale. La Révolution américaine et l’indépendance nous mettent en présence de la notion, désormais intégrée au patrimoine politique d’une nation providentielle. Comme les anciens Hébreux, les Américains sont investis d’une mission civilisatrice, mais surtout ils accomplissent le plan divin de la liberté. La guerre de Sécession et le second réveil religieux apportent à ces récits fondateurs des interprétations nouvelles et favorisent la diversification religieuse, notamment dans la grande division du Nord et du Sud. Toutes les tendances vont désormais s’exprimer, dans une palette de croyances allant du millénarisme des adventistes aux Églises pentecôtistes, nourries par l’expérience afro-américaine.


La richesse de cette expérience religieuse repose sur un socle pourtant commun : celui du premier amendement de la Constitution , partie intégrante du « Bill of rights ». Fondées sur ce texte, liberté religieuse et liberté d’expression garantissent aux religions l’exercice public des cultes et l’expression des convictions. En ce sens, la laïcité américaine est d’abord une laïcité de séparation, l’État se reconnaissant inapte à intervenir dans les affaires des Églises. Que reste-t-il des puritains et de leurs idéaux apocalyptiques ?


L’énoncé de la mission providentielle est omniprésent dans le discours américain et, si le premier amendement avait d’abord pour but de protéger les religions de la mainmise de l’État, il faut reconnaître qu’il n’a pas protégé l’État de l’ingérence religieuse.


 

Collaborateur


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Histoire religieuse des États-Unis

Lauric Henneton

Flammarion

Paris, 2012, 448 pages


La religion des Mormons

Bernadette Rigal-Cellard

Albin Michel

Paris, 2012, 346 pages

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 16 décembre 2012 09 h 01

    Évolution à reculons

    Les penseurs fondateurs de révolution américaine étaient francmaçons, ils étaient au mieux des déistes à la Voltaire, sinon des athés. Cet esprit survit dans certaines des sectes américaines comme les Unitariens Universalistes, surtout présents chez les intellectuels et en Nouvelle-Angleterre. A l'époque de la fondation de leur république, les États-Unis étaient certainement le plus rationaliste et le moins religieux des pays. Bizarrement, ils ont évolué à reculons, alors que le reste du monde se libère progressivement des vieilles croyances folkloriques pour expliquer le monde, imposer un code moral et donner à la vie un "sens" (whatever that means).