Pâques, cette île énigme

Pourquoi une telle fascination pour cet endroit ? demande d’entrée de jeu Érik Orsenna, dans sa préface d’Île de Pâques. Terra incognita, de Micheline Pelletier et Sonia Haoa Cardinali, fraîchement publié aux éditions de La Martinière.


Pour deux principales raisons, croit l’académicien : d’abord, à cause des moais, ces quelque 900 statues stoïques, fabuleuses et enténébrées de mystère, dont personne n’a jamais réussi à éclaircir le côté occulte ; ensuite, en raison de la « possibilité d’un avenir pour notre planète », explique-t-il. Quid ?


Passée de 10 000 à 110 habitants après moult razzias, épidémies et asservissements, Rapa Nui, comme on l’appelle là-bas à 3800 kilomètres des côtes chiliennes, a en effet toujours survécu aux affres apportées par ceux qui l’ont exploitée, humiliée et tyrannisée - et ils furent nombreux.


Aujourd’hui peuplé de 5000 Pascuans, cet éminent site du Patrimoine mondial de l’UNESCO compte des milliers de sites archéologiques répartis sur ses 164 km2, peu d’arbres et d’eau potable, et quelques pétroglyphes. Surtout, une infinité de légendes, de mythes et de croyances continuent de s’accrocher aux terres rêches de ce caillou de tuf ocre et d’obsidienne rouge, dont on dit qu’il forme « la terre habitée la plus isolée du monde ».


Écrit par une archéologue qui est née, a grandi et vit à l’île de Pâques, appuyé par les jolis instantanés d’une reporter-photographe primée, cet ouvrage fort complet s’attarde à l’histoire de cette île et de ses habitants, montre sa fragilité, tente de soulever le voile de ses énigmes, sublime les fantasmes qu’elle crée et témoigne de l’avancement d’une société ancienne et évoluée dont l’écriture, le rongorongo, demeure aussi obscure que le regard que portent les moais sur l’horizon. Cet ouvrage permet également d’entrer dans le quotidien d’experts oeuvrant sur place, de parcourir des extraits de témoignages de Loti, de Cook ou de La Pérouse, et d’admirer des images d’archives, mais… peu d’exemples de la physionomie des 5000 Pascuans. Comme si on voulait préserver une part du mystère entourant Mata Ki Te Rangi, autre nom de Rapa Nui qui signifie « l’île aux statues qui regardent les étoiles ».


 

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