Bande dessinée - Un Grand Prix pour L’enfance d’Alan

Tiré de L’enfance d’Alan, d’Emmanuel Guibert
Photo: L’Association Tiré de L’enfance d’Alan, d’Emmanuel Guibert

Entre novembre 2011 et octobre 2012, plus de 3000 bandes dessinées ont été mises sur le marché dans la francophonie. Or, s’il ne fallait en cibler qu’une, ce serait L’enfance d’Alan, publiée par la maison d’édition française L’Association, d’Emmanuel Guibert, qui vient d’être auréolée du Grand Prix de la critique 2013 de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD). Ainsi en ont décidé les 67 membres de cette organisation internationale qui, chaque année, décerne ce prix attendu, équivalent du prix littéraire Renaudot pour le 9e art.

Chef-d’oeuvre narratif à la densité littéraire évidente, l’ouvrage sorti cet automne retrace les premières années de vie d’Alan Ingram Cope, un militaire américain débarqué en France lors de la Seconde Guerre mondiale et qui, finalement, n’est jamais rentré chez lui. Guibert l’a rencontré par hasard dans les années 1990 sur l’île de Ré, ce bout de terre baignant dans l’Atlantique au large de la Vendée. Leur amitié a généré des heures de confidences enregistrées que le bédéiste a décidé de mettre en images.


L’enfance d’Alan poursuit, en format roman graphique, ce touchant retour en arrière dans la vie d’un homme ordinaire, mais pas trop, amorcé quelques années plus tôt avec La guerre d’Alan, trilogie tout aussi saluée par le critique qui explorait le côté armé de sa vie. Elle conduit également le lecteur dans la Californie des années 1930, entre Grande Dépression et avocats frais.


« Magnifié par les dessins épurés et virtuoses, porté par une mise en scène subtile et inventive, le récit nous parle d’une Amérique qui n’existe plus », souligne l’ACBD en parlant de cette « autobiographie assistée » qui dévoile la vraie nature de Guibert, un bédéiste devenu maître de la bande dessinée contemporaine, qui « fonctionne à l’empathie et à l’amour du prochain ».


« Ce prix me va droit au coeur, a résumé dimanche dernier l’auteur français en apprenant la nouvelle de sa consécration, et comme c’est là qu’Alan habite depuis les 13 ans qu’il a quitté le séjour terrestre [l’homme est décédé en 1999 à l’âge de 74 ans], il le reçoit très directement et s’en réjouit avec moi. »


L’enfance d’Alan était dans la course au Grand Prix aux côtés de titres tout aussi remarquables pour l’année d’édition qui s’achève. Parmi eux, Un printemps à Tchernobyl (Futuropolis) d’Emmanuel Lepage, une mise en images d’un projet complètement fou d’installation d’une résidence d’artistes européens à quelques kilomètres des ruines de la tristement célèbre centrale nucléaire, ou encore David, les femmes et la mort (Le Lombard) de Judith Vanistendael qui propose une réflexion sur la maladie, la mort et la famille.


Remis chaque année à cette époque, le Grand Prix de la critique de l’ACBD cherche à mettre en évidence, dans la masse d’albums produits dans le champ prolifique du 9e art, les créations « à forte exigence narrative et graphique ». L’an dernier, le Polina (Casterman-KSTR) de Bastien Vivès avait reçu ce Prix.

 

Fabien Deglise est membre actif de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée. À ce titre, il a fait partie du jury qui a attribué ce prix.

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