La splendeur de notre art primitif

Il manquait une synthèse des arts plastiques de la Nouvelle-France, de la peinture à la sculpture en passant par l’orfèvrerie, l’ébénisterie, la broderie et tant d’autres choses. Grâce à Laurier Lacroix, nous avons aujourd’hui un livre magnifique, riche d’une étude originale et de plus de 200 illustrations. L’historien nous convainc que la rencontre méconnue du classicisme français et de l’art amérindien matérialise la découverte mentale d’un continent.

Assisté d’une douzaine de spécialistes, dont l’éminent François-Marc Gagnon, qui ont contribué à l’album Les arts en Nouvelle-France par des exposés succincts sur des aspects particuliers, Lacroix, l’auteur principal, insiste sur l’« inventivité » des autochtones. Férus d’ornements, ceux-ci trouvaient dans la nature un sens sacral, exprimé par une profusion d’images, au point de transformer leurs corps, peints et parés, en tableaux vivants.


Voilà ce qu’illustre une saisissante gravure d’un livre de François Du Creux, Historiae canadensis (1664), qui témoigne de l’émerveillement des Européens devant l’imaginaire amérindien. Bien avant que Gauguin, suivi des cubistes, ne découvre la modernité insoupçonnée des arts dits primitifs, le Codex canadensis, recueil de superbes dessins (vers 1670) attribués à Louis Nicolas, initie le Vieux Continent à une facette inédite de l’univers des formes.


Si les rites et les coutumes amérindiennes ébahissent les Français, les autochtones sont éblouis tout autant, sinon plus, par les feux d’artifice, les spectacles musicaux qu’organisent les Européens et par la solennité du culte catholique. Une bannière brodée (1752), rappelant un wampum et conservée par les Sulpiciens de Montréal, unit des figures mythologiques iroquoises à des symboles chrétiens et aux fleurs de lys de la royauté française.


L’aspect tellurique et autochtone de cette étoffe de soie perlée contribue, au fil des pages, à tisser un lien secret entre le primitivisme du Nouveau Monde et celui, moins évident, qui émane de l’Ancien. Dans ce contexte, la touche naïve et rustique qui rafraîchit le classicisme du Christ en croix (1741), oeuvre aussi simple qu’émouvante du sculpteur montréalais Paul Jourdain, dit Labrosse, échappe à la pesanteur d’un art religieux conventionnel, élitiste et emprunté.


Il en est de même du vrai portrait de Marguerite Bourgeoys (1700), d’un autre artiste montréalais, Pierre Le Ber, huile qui, décapée, a retrouvé la splendeur austère qui l’apparente mystérieusement à une oeuvre stylisée du XXe siècle ! Le classicisme raffiné d’un calice (vers 1742) de l’orfèvre Roland Paradis, du saint Pierre (1741) sculpté par Pierre-Noël Levasseur ou du sourire narquois du naturaliste Michel Sarrazin, peint vers 1694 par un génial inconnu, rehausse, sans la contrarier, toute la fraîcheur de notre art naissant.


Collaborateur

1 commentaire
  • François Desjardins - Inscrit 8 décembre 2012 06 h 24

    Intéressant.

    Intéressant! et surtout pour ce qui me concerne, un rafraichissement par rapport à des images un peu ampoulées de l'art ancien d'ici. Enfin j'espère bien! :o)