Littérature québécoise - L’ennemi intérieur

Le premier roman de Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux, a remporté le Grand Prix de la relève Archambault 2011.
Photo: Martine Doyon Le premier roman de Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux, a remporté le Grand Prix de la relève Archambault 2011.

Prof de français au cégep durant le jour et insomniaque la nuit, l’héroïne du Syndrome de la vis, le deuxième roman de Marie-Renée Lavoie (La petite et le vieux, XYZ, 2010, Grand Prix de la relève Archambault 2011 et gagnant du Combat des livres plus tôt cette année), a quelques kilos en trop et des cernes jusqu’en dessous des bras.

Même son nom, Josée Gingras - une allitération chuintante -, nous amène à penser que quelque chose accroche chez cette trentenaire de Québec. « J’ai dans la tête une vis sans fin qui ne me laisse tranquille qu’une fois mes idées, mes peurs, mes souvenirs hachés menus, désubstantialisés par les engrenages qu’elle met en marche. »


Fatiguée au point d’avoir l’impression d’être enfermée dans son corps - un corps qu’elle n’aime pas -, prisonnière d’un quotidien étouffant qui lui aussi la transforme en « jeune vieille à moitié disjonctée », ses visites à son frère « parfait » et à sa belle-soeur plus-que-parfaite lui offrent la vue d’un bonheur qui lui échappera peut-être toujours. L’insomnie, on le devine, n’est pas son seul « ennemi intérieur ».


Si le couple qu’elle forme avec Philippe n’a jamais volé très haut (ils se sont rencontrés bien rationnellement sur Internet), il bat aujourd’hui de l’aile sans faire de vent. Pire : cette histoire qui « n’a jamais commencé » se dissout sans qu’elle s’en aperçoive vraiment. Ses journées ont couleur de solitude et d’absences mentales. L’insomnie distille aussi des effets secondaires inattendus : sous la forme d’hallucinations et de conversations imaginaires avec son père décédé.


Plutôt bien servi par le style vif, toujours inventif, le regard humain et l’humour lumineux de Marie-Renée Lavoie, Le syndrome de la vis est l’histoire d’un dérapage contrôlé racontée au je.


Contrôlé parce que, grâce à la présence et au soutien de ses proches, Josée fera un peu de ménage dans sa vie. Allant jusqu’à devenir auteure de livres de psycho pop à trois sous (et à succès) écrits à quatre mains avec son frère médecin. Ses voisins et sa petite famille forment une sorte de cocon clanique qui, on le comprend, parviendra à soigner un peu, sans les effacer complètement, ses dérives nocturnes.


La fin semble, à cet égard, disons-le, un peu précipitée : on nous balance en quelques pages une cascade de résolutions qui ouvrent la voie à un dénouement qui, on l’imagine, s’accomplira en dehors du cadre du livre. Petit roman sympathique traversé par un réel souffle de vie, Le syndrome de la vis n’a toutefois pas la force ni la rondeur du premier titre de Marie-Renée Lavoie.


Collaborateur

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«J’ai dans la tête une vis sans fin qui ne me laisse tranquille qu’une fois mes idées, mes peurs, mes souvenirs hachés menus, désubstantialisés par les engrenages qu’elle met en marche. Elle tord mes pensées jusqu’à plus sec, jusqu’à la fragmentation des images qui les constituent en molécules de rien. Je ne peux rien contre elle, c’est mon ennemi intérieur.»
— Le syndrome de la vis, Marie-Renée Lavoie, page 15