Tout Uderzo et un peu de Goscinny

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	Professeur Lacomète, d’Uderzo</div>
Photo: Uderzo
Professeur Lacomète, d’Uderzo
Hasards de l’édition. Cet automne, Albert Uderzo et René Goscinny voient à nouveau leurs destins se croiser, sur les étagères des librairies du moins, avec deux titres complémentaires malgré eux : une rétrospective en forme de brique pour l’un et une lettre d’une fille à son père pour l’autre.
 
La brique : c’est Philippe Cauvin et Alain Duchêne qui la signent. Intitulée Uderzo, l’intégrale 1941-1951 (éditions Hors Collection), elle retrace sur plus de 430 pages les premiers pas du co-paternel d’Astérix dans l’univers du dessin, avec photos, lettres, anecdotes et surtout un assemblage étourdissant de planches, de croquis, d’études graphiques ou d’affiches aptes à rassasier l’amateur de ces détails qui définissent les grands et construisent les mythes.
 
Bien nommé, l’objet littéraire part de la naissance du dessinateur et de son enfance à Clichy-sous-Bois pour suivre ses premières années de conquête du dessin et surtout démontrer qu’il n’a pas été l’homme d’un seul personnage. Que non ! Dans l’univers du dessin animé, il a fait sa marque. C’était pendant la guerre. Puis, il y a eu Flamberge, gentilhomme Gascon, Clopinard, Clodo et son oie ou encore Arys Buck, qui en 1946 fait son apparition dans le magazine OK pour la jeunesse. Il y a aussi un voyage incroyable dans le temps et dans la diversité d’une œuvre riche qui a précédé et côtoyé la naissance et la croissance d’un célèbre Gaulois du 9e art dont la force d’évocation aura dans le temps été fatale à Watoki le petit indien, à Zidore l’homme macaque ou encore à Belloy l’invulnérable. Des héros oubliés qui ici, le temps d’une rétrospective, se rappellent à notre bon souvenir.
 
Sans son père

De souvenirs il est aussi question dans Le bruit des clefs (NIL éditions), lettre émouvante écrite par Anne Goscinny, la fille de René, à son père, 35 ans après la mort subite du génialissime scénariste. En s’adressant à lui, devant nous, elle se souvient de ce samedi de novembre 1977 où une petite fille a pris conscience de la disparition d’un père en n’entendant plus le bruit de son trousseau de clefs, posé sur une tablette dans l’entrée de la maison, le soir quand il rentrait.
 
Elle parle du vide, de la façon dont elle a cherché à le combler, de ces « ombres qui sont devenues les [siennes] », du jour de ses 18 ans où elle a voulu tuer le cardiologue qu’elle croyait être à l’origine de la mort de son père. Elle parle au néant, pour « remailler une passerelle », écrit-elle, mais aussi pour s’écrire à elle-même une douleur transportée dans le temps, pour remettre dans l’ordre les éléments d’un casse-tête et surtout pour répondre à cette question : « Quand je te lis, je ris aux larmes, écrit-elle. Mais qui vient d’abord des larmes ou du rire ? »
 
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Uderzo
L’intégral 1941-1951
Philippe Cauvin et Alain Duchêne
Hors Collection
Paris, 2012, 422 pages
 
Le bruit des clefs
Anne Goscinny
NIL éditeurs
Paris, 2012, 96 pages