Douglas et l’autre Révolution tranquille

Pasteur baptiste et tribun qui œuvre auprès des pauvres (après avoir été champion de boxe), Tommy Douglas instaure en 1947 en Saskatchewan l’assurance-hospitalisation.
Photo: Barbara Stoneham Pasteur baptiste et tribun qui œuvre auprès des pauvres (après avoir été champion de boxe), Tommy Douglas instaure en 1947 en Saskatchewan l’assurance-hospitalisation.

En octobre 1970, alors que 80 % de la population du Québec approuve les mesures de guerre, Tommy Douglas, chef du Nouveau Parti démocratique, se singularise, aux Communes, en pourfendant cette loi au nom des libertés civiles, au point de faire chuter son parti dans l’opinion canadienne. Vincent Lam raconte avec brio la vie exceptionnelle de celui qui, de 1944 à 1961, dirigea, en Saskatchewan, le premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord.


Tommy Douglas (1904-1986) s’opposait à l’indépendantisme québécois dont il ne comprenait pas la raison et « parlait un français exécrable », comme le note Lam, écrivain et médecin né en Ontario en 1974 de parents sino-vietnamiens. Pourtant, l’homme politique affirma au sujet du Québec et du reste du Canada : « Il est possible que nous ayons à trouver une façon de nous séparer, pour ensuite établir de nouvelles ententes entre nous… Ce serait tout de même mieux qu’une guerre civile. »


Bien qu’il ne cite pas ce propos étonnant de Douglas, le biographe insiste, dans son livre traduit de l’anglais, sur l’ouverture d’esprit et l’humanisme qui l’inspirent. S’il évite de sombrer dans l’hagiographie, il souligne avec justesse que le progressisme qui différencie le Canada des États-Unis tire son origine de ce pasteur protestant et du courant auquel il appartenait.


Lam explique : « La généalogie de nombreuses politiques - tels une banque centrale, une charte des droits, un système d’impôt progressif favorisant les contribuables à faible revenu, l’assurance-chômage, un régime de retraite contributif, les pensions de vieillesse, l’assurance-maladie - remonte directement aux évangélistes sociaux, à la CCF et au NPD. » Pour comprendre Douglas, né en Écosse et arrivé enfant au Manitoba, il faut plonger dans l’univers politico-religieux britannique.


Passée du presbytérianisme (religion officielle de l’Écosse) à l’Église baptiste (dans sa frange progressiste) et du Parti libéral au Parti travailliste (nettement plus à gauche), sa famille, en Europe, lui avait déjà ouvert la voie. Au Canada, Douglas adhère à l’évangélisme social qui inspire la CCF (Co-operative Commonwealth Federation), à laquelle il participe, après la fondation, à Calgary, en 1932, de ce parti socialiste, ancêtre du NPD.


Homme tout d’une pièce, pasteur baptiste et tribun qui oeuvre auprès des pauvres (après avoir été champion de boxe), il instaure en 1947 en Saskatchewan, sous la bannière de la CCF, l’assurance-hospitalisation, premier élément d’un système de soins médicaux gratuits, parachevé en 1962 et imité dans tout le Canada, notamment au Québec en 1970.


Lam raconte que, « parfois, tard le soir, Douglas allumait la radio pour écouter la description des combats de boxe au Madison Square Garden ; il retirait sa chemise et, en maillot de corps, boxait tout seul dans l’obscurité ». Quelle merveilleuse image de l’homme qui triompha du conformisme social de l’Amérique du Nord !


 

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