La colère du Chat

Que les Bidochon fassent la gueule, c’est dans l’ordre des choses. Mais pour faire sortir de leurs gonds Tintin, le Chat, Adèle Blanc-Sec et Nikopol, il faut qu’il y ait péril en la demeure. Iront-ils jusqu’à prendre le large sur les traces de Corto Maltese ? C’est ce que laissent entendre les plus grands noms de la bande dessinée, inquiets de leur avenir et de celui de la célèbre maison d’édition Casterman.

Dans une lettre ouverte datée du 13 novembre, Christian Binet, créateur des Bidochon, Philippe Geluck (Le Chat), Enki Bilal (Nikopol), Jacques Tardi (Adèle Blanc-Sec) et Frank Margerin (Lucien), entre autres, réagissant à la démission de leur patron Louis Delas, déclarent au p.-d. g. de Gallimard : « Aujourd’hui, devant le mépris dont les auteurs Casterman font l’objet de votre part, nous avons le triste sentiment d’avoir été instrumentalisés en vue d’un transfert purement capitalistique. Nous n’avons ni l’envie de nous compromettre dans un projet qui ne nous ressemble pas ni l’intention de servir de “vaches à lait” à une quelconque trésorerie. Si par hasard vous avez oublié que sans auteurs, il n’y a pas d’éditeur, nous vous le rappelons aujourd’hui. Et c’est sous d’autres cieux éditoriaux plus amicaux que certains d’entre nous publieront sans doute leurs prochains albums. »


Vendre Tintin ?


En plus de plusieurs Grands Prix du Festival d’Angoulême, Fanny Rodwell, la veuve d’Hergé, et les ayants droit d’Hugo Pratt figurent parmi les signataires, ainsi que Régis Loisel, l’auteur de la célèbre série Magasin général établi à Montréal.


Rappelons que le 8 novembre dernier, à la suite du rachat en septembre de Flammarion/Casterman par Gallimard, Louis Delas a quitté le poste de directeur qu’il y occupait depuis 12 ans. Ayant repris la direction de l’École des Loisirs, maison de littérature jeunesse créée par son arrière-grand-père, il explique avoir proposé une alliance entre les deux maisons à Antoine Gallimard, qui « n’a pas souhaité donner son accord à cette proposition ». En juin, ce dernier déclarait plutôt envisager la vente de Casterman « dans un contexte de crise […] pour faire face à ses échéances ».


Les auteurs de BD déplorent le fait que depuis, rien n’ait été fait pour les rassurer.