La vie après les prix

La cuvée 2012 des Prix littéraires du Gouverneur général dévoilée mardi marque une forte présence féminine avec 10 femmes parmi les 14 lauréats.
Photo: François Pesant Le Devoir La cuvée 2012 des Prix littéraires du Gouverneur général dévoilée mardi marque une forte présence féminine avec 10 femmes parmi les 14 lauréats.

Les noms des lauréates et lauréats des Prix littéraires du Gouverneur général pour 2012 ont été dévoilés mardi à Montréal. Décernés chaque année dans sept catégories, et attribués à des auteurs de langue française et de langue anglaise, ces 14 prix sont les plus prestigieux au Canada.


Or, un des aspects les plus intéressants des prix littéraires est leur rôle dans la confirmation de la place des écrivains dans une société de divertissement. Parce que ces prix sont l’objet d’une médiatisation très importante, les écrivains sont contraints (parfois pour leur plus grand plaisir, parfois à leur corps défendant) à des exercices de figures imposées.


Quand les lauréats quittent la scène après l’annonce des GG, une cavalcade d’événements, s’étalant sur plusieurs semaines, commence pour eux. D’abord, les rencontres avec les médias et les séances de signature en librairie. Pour les auteurs du Canada anglais, qui accordent à ces prix une attention incommensurable à ce qui se passe au Québec, c’est une forme de consécration. La télévision se les arrache, les agents littéraires multiplient les entrevues, les dossiers de presse gonflent à vue d’oeil ; pour les Québécois, qui sont ici un peu les parents pauvres de l’exercice, il n’y a pas foule, le téléphone ne sonne pas beaucoup.


Il y a ensuite la rencontre avec le bibliothécaire du Parlement et le lunch avec les députés, qui conduit à l’apothéose au sens littéral : invités à se rendre à la tribune de la Chambre des communes pour une séance du Parlement, les lauréats sont applaudis par tous les députés, invités à se lever par le premier ministre du Canada, qui se trouve sur le plancher de la Chambre alors qu’eux occupent l’équivalent d’une loge royale. Regarder le premier ministre Harper dans les yeux, en pensant aux envois répétés de livres de Yann Martel, cela peut être une expérience inoubliable et un rappel déterminant des responsabilités de l’écrivain au Canada.


La grande cérémonie de remise à Rideau Hall vient conclure ces célébrations : dans la grande salle de bal, les écrivains entrent en procession, habillés en robes longues et superbes smokings, devant un parterre où résonne la musique des trompettes. Sur le podium, au pied de la magnifique tapisserie amérindienne, qui sera hélas bientôt décrochée pour être remplacée par un portrait de Sa Majesté la reine (après tout, il s’agit de prix royaux), le gouverneur général et son épouse sont assis sur des trônes. En ordre, les écrivains sont appelés par le maître de cérémonie et présentés par leur éditeur. Dans leur mot de remerciement, ils expriment leur reconnaissance à l’égard de tous ceux qui ont soutenu leurs efforts, mais ils disent surtout leur fierté d’être des écrivains.

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Les grands livres de langue française de 2012, version GG

Roman : Pour sûr (Boréal), de France Daigle
Poésie : Un drap, une place (Triptyque), de Maude Smith Gagnon
Essais : Comment tuer Shakespeare (Presses de l'Université de Montréal), de Normand Chaurette
Théâtre : Contre le temps (Leméac), de Geneviève Billette
Littérature jeunesse/texte : Un été d’amour et de cendres (Leméac), d’Aline Apostolska
Littérature jeunesse/illustration : La clé à molette (La Courte Échelle), d’Élise Gravel
Traduction : prix remis à Alain Roy pour Glenn Gould (traduction française de Glenn Gould de Mark Kingwell, Boréal)

Parmi les lauréats en langue anglaise, notons la présence de Nigel Spencer, qui remporte le prix pour la troisième fois - et toujours pour sa traduction d’un roman de Marie-Claire Blais -, et de la Montréalaise Isabelle Arsenault, pour son livre illustré pour enfants (Virginia Wolf, University of Toronto Press).