Freiner l’exploitation tous azimuts

Normand Mousseau affirme que le privé a une trop grande emprise sur l'industrie minière.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Normand Mousseau affirme que le privé a une trop grande emprise sur l'industrie minière.

Le physicien Normand Mousseau aborde régulièrement les questions liées aux ressources naturelles dans des ouvrages et sur diverses tribunes. Cette fois, il a décidé d’ajouter son grain de sel dans l’épineux débat sur l’exploitation des ressources minières du Québec. Et pour lui, le constat est clair : il faut modifier en profondeur les règles du jeu, dictées essentiellement par le secteur privé. Cela implique de tourner le dos au modèle annoncé dans le Plan Nord des libéraux.


« On continue de faire ce qu’on a toujours fait, déplore-t-il, en entrevue au Devoir pour discuter de son nouveau livre, Le défi des ressources minières. On continue de se vendre au premier arrivé, même pas au plus offrant. Au Québec, mais aussi au Canada en général, on accepte de dire qu’on laisse le libre accès aux ressources pour quiconque veut les exploiter et on refuse de mettre en place un véritable modèle de gestion et de planification. Nous agissons en spectateurs de la gestion de nos ressources et on espère en tirer des miettes par des emplois, des retombées et des redevances minimes. »


Le principal problème, ajoute M. Mousseau, c’est que l’État n’ose pas assumer son rôle de gestionnaire des ressources qui appartiennent en théorie à l’ensemble des citoyens. C’est le cas notamment en ce qui a trait au rythme de développement des projets miniers. Avec la hausse des prix de différentes ressources comme le fer ou l’or, les minières ont lancé plusieurs projets d’exploration dans le Nord québécois et de très ambitieux projets d’exploitation sont aussi mis en branle. Normand Mousseau estime nécessaire de tempérer cette frénésie d’exploitation, afin d’étaler dans le temps les retombées de l’extraction de ressources non renouvelables et de réduire les risques pour les communautés d’accueil. « On a le droit de dire au secteur privé qu’on ne veut pas tout exploiter le plus rapidement possible. Le problème, c’est que les modèles économiques qui dominent la réflexion ne permettent même pas de poser la question du rythme de l’exploitation. »

 

Revoir la loi


D’où l’urgence de revoir la Loi sur les mines, dont la réforme tarde à se concrétiser. Le Parti québécois a certes promis de s’y attarder, mais pour le moment, on ne sait pas quand la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, pourra présenter un nouveau projet de loi. Difficile, en fait, de savoir ce que le PQ entend faire de questions comme les redevances, la transformation du minerai ou le financement des infrastructures qui ouvriront le fragile territoire nordique aux minières.


Le professeur de physique à l’Université de Montréal reconnaît que la question des redevances est importante. Mais dans son livre, il souligne aussi que le gouvernement devrait récupérer des montants importants dès l’étape de l’exploration. « Il y a là des sommes qu’on ne récolte pas et un contrôle qu’on n’exerce pas. L’État accorde des crédits d’impôt pour l’exploration qui peuvent atteindre près de 80 % des dépenses sur le terrain. Il en coûte environ 80 $ l’once pour la phase d’exploration et de découverte. Si on se fait rembourser la majorité des dépenses, cette même once coûtera 8 $. Ensuite, on peut la revendre plusieurs centaines de dollars à une entreprise qui va exploiter le gisement. Pourquoi est-ce que le gouvernement, en tant que coinvestisseur majoritaire dans l’exploration, n’aurait pas droit à la majorité de ces revenus ? »


À l’instar de plusieurs experts, M. Mousseau est d’avis que Québec pourrait favoriser la transformation, mais aussi revoir la part de l’État dans le développement des infrastructures. Les montants en jeu sont en effet importants en regard de la fragilité des finances publiques. Et comme le souligne le physicien dans son dernier livre : « L’apport réel de l’industrie minière à l’économie canadienne est faible. » La production, en 2011, ne représentait que 2,5 % du PIB et 1,7 % du marché de l’emploi, cinq fois moins que le nombre de travailleurs du secteur manufacturier.