«Notre rôle, c’est de diffuser le savoir»

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cette année, les Presses de l’Université de Montréal (PUM) soufflent leurs cinquante chandelles. Ayant fait paraître plus de 1200 titres au cours des cinq dernières décennies, elles sont reconnues pour produire des ouvrages savants d’exception. Antoine Del Busso, éditeur, et Benoît Melançon, directeur scientifique, expliquent comment cette toute petite maison d’édition spécialisée parvient à produire des dizaines de livres et de revues de qualité chaque année.

Fondées en 1962, les PUM ont pour mandat principal de diffuser les résultats de la recherche universitaire et de transférer des connaissances scientifiques au public, que ce soit par le biais de livres, de revues savantes ou de matériel électronique. Bien qu’elles aient publié plus d’un millier de livres depuis leurs débuts, le catalogue des presses compte environ 500 titres actifs.


« On publie de 35 à 40 titres par année, précise M. Del Busso. À cela s’ajoutent de 10 à 15 numéros de revue. Tout cela est aujourd’hui produit en numérique. Le reste du catalogue est constitué de livres qui n’ont jamais été réédités. »


Une nature particulière


De par la nature des ouvrages qui sont publiés aux PUM, les tâches des éditeurs et du directeur scientifique qui y travaillent ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qu’on pourrait leur confier au sein de maisons d’édition généralistes.


« La différence, aux PUM, c’est qu’on travaille sur des sujets souvent plus pointus et qu’on fait des livres plus compliqués. Un éditeur généraliste se charge du texte et parfois d’illustrations. Nous, dès qu’on travaille avec un auteur, ça implique du texte, des illustrations, des graphiques, des biographies, des notes. Nos livres les plus savants sont accompagnés d’un appareil qui nécessite une expertise particulière », souligne M. Melançon.


Cette expertise, M. Del Busso et M. Melançon l’ont développée au fil des ans en compagnie d’une toute petite équipe, laquelle est constituée de deux éditrices maison, d’une directrice de la production, d’une directrice de la promotion et d’un responsable du service à la clientèle et des abonnés.


Bien qu’elle soit chargée d’examiner et de publier des textes très spécialisés, l’équipe des PUM est surtout composée d’individus ayant un bagage généraliste. « Les gens qui travaillent ici sont d’abord agiles et polyvalents, soutient M. Melançon. Une journée, ils sont appelés à travailler sur un livre de criminologie, le lendemain, ils en font un sur la médecine. Ce ne sont pas des spécialistes de linguistique, de criminologie ou de pharmacologie ; ce sont des éditeurs scientifiques qui travaillent en collaboration avec des spécialistes. L’intérêt d’avoir des éditeurs généralistes, c’est qu’ils regardent tout cela de l’extérieur. »


« Nous veillons tout de même à ce que nos éditeurs soient intéressés par les sujets des livres sur lesquels ils travaillent, ajoute M. Del Busso. Nous ne demanderons pas à un éditeur qui ne s’intéresse absolument pas à la mycologie de travailler sur un livre qui traite de champignons. Nous sommes attentifs à cela. »


Une question de contenu…


Puisqu’ils ne peuvent s’appuyer uniquement sur leurs connaissances pour juger de la valeur scientifique des textes qu’on leur propose, les éditeurs des PUM doivent faire appel à des collaborateurs extérieurs spécialisés. En général, tous les projets sont soumis à l’analyse de deux spécialistes dont on conserve toujours l’anonymat, mais, selon les ouvrages, le mode d’évaluation par les pairs peut varier.


« Par exemple, on ne fonctionne pas de la même façon lorsqu’on évalue un ouvrage collectif que lorsqu’on évalue le texte d’un auteur unique. Chose certaine, l’évaluation par les pairs constitue toujours un moment d’un dialogue ; un dialogue qui débute entre l’auteur et l’éditeur, puis qui se poursuit entre l’éditeur et l’expert et qui se conclut entre l’auteur et l’éditeur. On reçoit parfois des rapports très longs et très détaillés des spécialistes avec qui on collabore, mais ça nous est immensément utile ! C’est plus long que d’éditer un livre régulier, mais c’est ce qui assure le sérieux des presses universitaires », soutient M. Melançon.


… et de contenant!


Une fois qu’ils ont la conviction que le contenu des livres qu’ils comptent publier est réellement de grande qualité, les éditeurs des PUM doivent s’assurer que le contenant qu’ils ont choisi pour le véhiculer est bel et bien le plus approprié.


« Notre rôle, c’est de diffuser le savoir, affirme M. Melançon. Pour qu’il soit bien diffusé, il faut trouver le bon format et le bon canal. Antoine a une phrase que je passe mon temps à citer ; il dit qu’un éditeur, c’est quelqu’un qui produit uniquement des prototypes. Son rôle, c’est de trouver pour un livre le bon format, le bon papier, le bon type d’illustration et la meilleure présentation. »


« Mais il faut faire tout cela en étant respectueux de ce que l’auteur a voulu faire, complète M. Del Busso. La pire erreur, c’est de lui faire faire un livre qu’il ne veut pas faire. Il faut s’inscrire dans sa logique. Il ne faut pas oublier que nous sommes au service des auteurs, des profs, des chercheurs. Nous sommes importants dans la chaîne de diffusion, mais, sans eux, nous n’avons rien à diffuser ! »


Une fois le format déterminé, l’éditeur doit trouver le canal de diffusion le mieux adapté au titre en question. Au Canada, les PUM distribuent leurs publications par l’entremise des librairies. En Europe, elles utilisent les services de trois distributeurs spécialisés dans les publications universitaires.


« Il faut toujours s’assurer que chaque livre touche son public, dit M. Melançon. Parfois, ça implique qu’on envoie des exemplaires à certains chercheurs ou à des journalistes spécialisés. On s’organise pour que le titre se retrouve entre les bonnes mains. »

 

En bonne santé


Même si elles célèbrent cette année 50 ans d’efforts et que le monde de l’édition est en pleine transformation, notamment en raison de l’émergence du numérique, les PUM sont loin d’avoir le souffle court. Alors qu’aux États-Unis, confrontées aux géantes que sont Harvard, Oxford ou Cambridge, de nombreuses petites presses universitaires ferment leurs portes chaque année, comme la plupart des presses universitaires canadiennes, les PUM se portent plutôt bien.


« Tout n’est pas rose, mais on est moins menacé, parce qu’ici il y a une volonté importante de la part des universités de maintenir les presses universitaires en bonne santé, confirme M. Melançon. Les contacts que nous avons avec la direction de l’université montrent bien que, pour elle, les presses sont très importantes. Il faut tout de même être vigilant et réagir aux changements qui sont en train de se produire, mais, pour nous, il ne s’agit pas tant d’une menace que d’un monde de possibilités. »


 

Collaboratrice