Dans les années cinquante - «Les presses universitaires sont venues combler un vide»

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Dans les années 1960, les PUM étaient intégrées à l’Université de Montréal et recevaient ainsi une part de financement public.
Photo: Source Historia Dans les années 1960, les PUM étaient intégrées à l’Université de Montréal et recevaient ainsi une part de financement public.

Ce texte fait partie du cahier spécial Presses de l'Université de Montréal

Dans l’après-guerre, les maisons d’édition privées se retirent peu à peu des publications savantes. « Dès 1955-1956, il y avait un projet de maison d’édition en cours à l’Université de Montréal, note Pierre-Luc Beauchamp, doctorant au Département d’histoire de l’Université McGill, spécialiste des éditions savantes. Il y a même eu des volumes publiés dans ces années-là, et, en 1962, on officialise tout ça. »

À l’époque, le Québec s’ouvre aux publications savantes : les Presses universitaires de Laval en 1955, des projets à McGill dans les années 50 également. « Il y avait le désir d’augmenter les publications savantes, d’autant que, dans les années 1940, il y avait eu la commission Massey, mise en place pour étudier le milieu scientifique. Cette commission avait fait des recommandations qui indiquaient que le gouvernement devrait financer ce type de publication. Sachant qu’il y aurait des montants de financement disponibles, les universités ont commencé à vouloir éditer les ouvrages de leurs professeurs. »


L’autre guerre


Autre élément de contexte, les années 1940, marquées par la Seconde Guerre mondiale. À ce moment-là, toute l’édition française est freinée par le conflit. Les éditeurs québécois reprennent ce marché et commencent à publier des ouvrages scientifiques. « Les éditions Fides, entre autres, publient alors des ouvrages de sciences humaines, explique Pierre-Luc Beauchamp. Elles sont fondées en 1937, mais, durant le conflit, elles sont en forte expansion parce que le marché français est fermé et que le marché québécois devient le marché de l’édition francophone. Quand la guerre se termine, ce marché semble se refermer et les débouchés commencent à manquer pour les maisons d’édition québécoises privées, qui ne sont pas en mesure de soutenir des projets d’éditions savantes. Il y a alors un vide que les universités vont combler en créant leurs propres maisons d’édition, au départ pour publier les ouvrages de leurs propres enseignants. »


Avec le retour de l’édition française sur le sol québécois, la donne change. Jusque-là, les éditeurs privés tels que Fides et Beauchemin pouvaient se permettre de perdre de l’argent en publiant un ouvrage scientifique très pointu et se refaire avec les manuels scolaires. Avec la réduction des débouchés, ils ne peuvent tout simplement plus se le permettre. Ils se spécialisent alors dans certains domaines ou deviennent des généralistes. Plus tard, Beauchemin s’associera même à Chenelière pour devenir exclusivement scolaire.


« Il y avait un trou, il y avait du financement disponible qui allait arriver dans les années à venir, dans le même temps, les universités grandissaient, il y avait de plus en plus de départements, de plus en plus de professeurs, mis à part quelques-uns d’entre eux, les plus connus, qui publiaient dans les maisons généralistes ou à l’échelle internationale, ils n’avaient pas de débouchés de publication, ça devenait donc une possibilité, voire une nécessité, pour les universités de se lancer dans l’édition. »

 

Pour professeurs d’abord


Au départ, il y a donc une volonté claire de la part des Presses universitaires de Montréal (PUM) de favoriser la publication des ouvrages des professeurs de l’université. Dans la première année, huit volumes sont publiés et cinq ou six autres sont sur le point de l’être. Dix ans plus tard, dans les années 1970, ce sont une trentaine de livres par an. Le budget est limité. Les PUM comptent sur des donations. Elles reçoivent d’ailleurs 200 000 $ d’une fondation au moment de sa création, qu’elles vont placer.


« On parle d’un budget de fonctionnement autour de quelques dizaines de milliers de dollars par an au début », estime Pierre-Luc Beauchamp. Ainsi, le chiffre d’affaires annuel des PUM ne dépasse jamais de 7 à 8 % celui de Fides entre 1962 et 1972. En 1971-1972, les PUM dépensent 300 000 $, dont 50 000 $ en dons et subventions, quand le chiffre d’affaires de Fides s’élève à 4,3 millions de dollars. Mais, dès la fin des années 70, alors que Fides amorce son lent déclin, l’écart se réduit. Les ventes de Fides se montent à 1,5 million de dollars en 1978, alors que, la même année, les PUM font des recettes de 500 000 $, seulement trois fois moins. Durant toutes les années 1960, l’une comme l’autre feront d’ailleurs des déficits presque chaque année. « Les PUM étaient intégrées à l’Université de Montréal et il y avait du financement public, explique Pierre-Luc Beauchamp, mais ce n’était pas 100 % du budget et, d’une année à l’autre, ça n’a pas toujours été facile. »


Le créneau des PUM ? Les mathématiques, la littérature et la critique littéraire, même si le catalogue reste relativement varié. Fides se concentre plus sur les sciences humaines, quand les Presses de l’Université Laval se concentrent sur les revues et que les Presses de l’Université McGill s’attachent à publier les ouvrages des professeurs anglophones.


Des revues


Les PUM, ce sont également, dès le départ, des revues scientifiques savantes. « Au départ, une revue d’économie, puis jusqu’à cinq ou six correspondant à différents départements de l’Université, raconte le doctorant en histoire. Elles n’ont cependant pas beaucoup dépassé le cadre des universités québécoises, voire canadiennes, françaises également, parce qu’il y avait des ententes avec les Presses universitaires de France, les PUF. Mais on ne peut pas dire qu’elles ont eu une diffusion très étendue et qu’elles ont atteint un grand prestige. »


Alors même que, dès les années 1960, publier aux PUM est un gage de grande rigueur scientifique. Contrairement aux maisons d’édition privées, le comité d’évaluation des Presses universitaires de Montréal choisit ses titres en fonction de la qualité de l’ouvrage, et non d’impératifs économiques. « Cette donne est malheureusement en train de changer et les PUM, comme les autres maisons d’édition liées aux universités, sont aujourd’hui à la croisée des chemins, estime Pierre-Luc Beauchamp. On rationalise de plus en plus et on regarde maintenant le rendement de l’investissement qu’on est en droit d’attendre. »



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