Quatre auteurs et leurs ouvrages - Du guide pratique à l’édition de haut vol

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Journaliste au journal Forum de l’Université de Montréal, Marie Lambert-Chan est l’auteur du Petit guide de survie des étudiants.
Photo: Yves Lacombe Journaliste au journal Forum de l’Université de Montréal, Marie Lambert-Chan est l’auteur du Petit guide de survie des étudiants.

Ce texte fait partie du cahier spécial Presses de l'Université de Montréal

Qu’il s’agisse de criminologie, de pharmacologie, d’aménagement urbain ou de conseils pratiques adressés aux étudiants, les Presses de l’Université de Montréal rejoignent l’ensemble de la communauté universitaire. Benoit Dupont, Pierre Beaulieu, Philippe Poullaouec-Gonidec et Marie Lambert-Chan collaborent, chacun dans son domaine, aux PUM.

Trois chercheurs et une journaliste apprécient ce que cette maison d’édition peut offrir : une diffusion de proximité avec les étudiants, une rigueur éditoriale ou encore la possibilité de publier des ouvrages spécialisés malgré leur public potentiel restreint.


L’art d’être étudiant


En marge des ouvrages scientifiques écrits par des chercheurs et destinés aux spécialistes, les Presses de l’Université de Montréal ont fait paraître, au mois d’août 2012, un petit ouvrage pas comme les autres : Petit guide de survie des étudiants, écrit par Marie Lambert-Chan et illustré par Benoît Gougeon. Dans les coulisses des amphithéâtres, il s’agit ici de l’autre visage des études universitaires : celui qui se dessine à côté des bonnes notes, des cours terminés et des diplômes obtenus, mais qui peut faire toute la différence dans un parcours universitaire.


En effet, être étudiant n’est pas seulement obtenir son diplôme, c’est aussi gérer tout le reste : les finances, l’emploi du temps, la préparation à la vie professionnelle ne s’apprennent pas forcément sur les bancs de l’école, mais ils sont essentiels pour qui veut tirer son épingle du jeu. Un savoir non universitaire auquel de nombreux étudiants sont mal préparés, voire complètement néophytes.


Journaliste au journal Forum de l’Université de Montréal, Marie Lambert-Chan a eu l’occasion de croiser nombre d’étudiants en prise avec ces enjeux, qui reviennent d’une année à l’autre et se répètent d’un étudiant à l’autre. C’est pour répondre à ces questions que l’auteure a conçu ce guide, qui regroupe 42 rubriques publiées dans le journal Forum pendant un an et demi. En 160 pages, elle livre un petit condensé de conseils et d’astuces pour se faciliter la vie. Au répertoire : procrastination, angoisse de la page blanche, conciliation études-travail-famille, ou encore la préparation aux examens de fin de session à la manière d’athlètes de haut niveau. Pour mieux peaufiner ses conseils, Marie Lambert-Chan a fait appel aux nombreux spécialistes qui sont là pour aider les étudiants : orthopédagogues, spécialistes en finances, psychologues ou conseillers en orientation.

 

De la chronique au livre


Et puisque apprendre à être étudiant s’avère aussi important que le succès strictement universitaire, on ne s’étonnera pas d’apprendre que ce sont les PUM qui ont contacté la journaliste pour publier ce recueil. « Avec Benoît Gougeon, nous avions eu l’idée de proposer le recueil aux PUM, mais elles nous ont devancés ! Lorsque l’éditrice Nadine Tremblay m’a contactée, elle m’a dit que l’équipe des presses suivait avec intérêt cette rubrique chaque semaine », explique Marie Lambert-Chan.


Comme l’ouvrage se base sur des textes déjà écrits, le travail d’édition s’est concentré sur l’adaptation de la chronique au livre, du public ciblé de l’Université de Montréal à un public universitaire plus large. « Comme les chroniques du journal Forum étaient adressées aux étudiants de l’Université de Montréal, il a fallu les adapter à l’échelle de la province. À la demande de mon éditrice, j’ai contacté des experts relevant d’universités différentes pour avoir d’autres avis et arriver à une portée plus universelle. »


L’expérience avec les PUM ? « Je n’ai que des bons mots », commente Marie Lambert-Chan, qui retient la communication et la bonne entente qui régnait avec la maison d’édition. Une collaboration fructueuse et « une expérience très agréable » avec cette « petite famille », aux dires de l’auteure.

 

Un guide thérapeutique sur la douleur


Professeur au Département de pharmacologie de l’Université de Montréal, Pierre Beaulieu a publié deux livres aux Presses de l’Université de Montréal : Pharmacologie de la douleur, en 2005, et Précis de pharmacologie, en 2010, comme codirecteur. Il prépare actuellement un guide thérapeutique sur la douleur, à paraître en 2013, au terme d’une année entière de recherche.


Alors que ses livres précédents étaient destinés à un public spécialisé, ce guide thérapeutique, plus attractif et plus pratique, s’adresse à tout le monde : « Il vise à aider les médecins, les pharmaciens, mais aussi le personnel infirmier et les étudiants », précise Pierre Beaulieu. Partant des bases, répondant à toutes les questions et offrant une démarche synthétique sur la douleur, qu’elle soit cancéreuse, chronique, inflammatoire ou opératoire, l’auteur présente tous les types de douleur et de médicament qui existent.


Ce guide est conçu pour offrir une grande facilité d’utilisation et de consultation. Dans cette optique, le travail d’édition a privilégié le pratique et l’agréable, déployant un travail de précision concernant l’image et les tableaux. « Toutes les figures et tous les tableaux ont été travaillés pour être le plus lisibles possible. Le choix des couleurs et des tons a notamment fait l’objet de plusieurs reprises et améliorations. »


Pour l’étudiant et le grand public


Selon le chercheur, le premier rôle des Presses de l’Université de Montréal se situe du côté des étudiants. « Les ouvrages publiés représentent une base de travail et des outils intéressants pour les étudiants. Le passage du professeur aux étudiants ne pourrait se faire aussi facilement sans les PUM. »


Mais, au-delà de la communauté étudiante, les recherches publiées peuvent atteindre un public plus large et être diffusées à plus grande échelle. « Sans les PUM, je sortirais un petit polycopié que je distribuerais à mes étudiants, mais ça n’irait pas plus loin. Or nos livres sont diffusés dans toute la francophonie et nous pouvons faire passer notre message à toute la communauté. Ils peuvent prétendre à une dimension internationale. »


Le guide thérapeutique à paraître bientôt comprendra par exemple un tableau des médicaments français et canadiens, qui permettra de s’adresser à une clientèle française. « Avec les échanges entre la France et le Québec, il y a de plus en plus de médecins et d’infirmiers (ères) étrangers qui travaillent ici et qui ne connaissent pas forcément tous les médicaments locaux. »

 

Une science en français


Ces publications répondent à des spécificités aussi bien linguistiques que géographiques. Pierre Beaulieu insiste sur l’importance d’avoir, au Québec, un tel organisme en langue française. « Il y a un manque dans l’édition scientifique en français : la plupart des livres que nous faisons lire à nos étudiants sont en anglais. »


Il existe aussi des spécificités québécoises en la matière, qui gagnent à être publiées par des maisons d’édition locales. « Il y a une école en pharmacologie. Les experts ne sont pas toujours les mêmes. Avec les PUM, nous pouvons mettre l’accent sur ce qui nous semble important. Au lieu de manuels écrits par des Américains, nous pouvons mettre en avant notre vision de notre pratique clinique, mieux adaptée à la population, et éviter de travailler uniquement à partir de traductions. C’est important de soutenir les PUM, sinon c’est la mort de l’édition en français », affirme-t-il.


Des publications très spécialisées


Directeur du Centre international de criminologie comparée, professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité et technologie, Benoit Dupont a codirigé, avec Samuel Tanner, l’ouvrage intitulé Maintenir la paix en zones postconflit : les nouveaux visages de la police et paru aux Presses de l’Université de Montréal en août 2012.


Benoit Dupont a pu mesurer l’importance des presses universitaires lors de la publication de cet ouvrage. En effet, alors que ce livre retrace les résultats d’un atelier de recherche sur le rôle de la police dans des opérations organisées par l’ONU dans différents pays, Benoit Dupont apprécie la possibilité de diffuser ses recherches hors des grands circuits commerciaux. « Les maisons d’édition universitaires publient des projets destinés à la communauté intellectuelle, qui n’est pas forcément très développée. Ce type d’ouvrage s’adresse à un public réduit : ce n’est pas un best-seller. Il est réellement important qu’une maison d’édition puisse soutenir des ouvrages aussi spécialisés. »


Le livre regroupe ainsi des études de cas concernant des policiers issus de tous les pays. Parmi les problèmes auxquels les policiers sont régulièrement confrontés, citons le choc culturel vécu au contact d’autres policiers issus de pays où la police n’a ni le même rôle, ni le même statut qu’ici, et qui ont des pratiques très différentes. Certains policiers sont également confrontés à des populations qui n’ont aucune confiance dans les forces policières, ou encore à des situations complexes auxquelles ils sont mal préparés. « Souvent, les policiers envoyés là-bas connaissent mal les conflits, ses origines, l’histoire. Ils sont parfois confrontés à des groupes ethniques qui se détestent depuis des décennies ou des siècles. Sur le terrain, ils doivent réapprendre leur métier. »

 

Une belle facture


Selon Benoit Dupont, les PUM sont d’autant plus nécessaires dans le paysage éditorial québécois qu’il s’agit d’une maison d’édition universitaire en français : « Les grosses maisons d’édition anglophones n’ont aucun intérêt à publier des ouvrages en français. Le Québec est un marché restreint et ils ne pourront vendre qu’une centaine d’exemplaires des ouvrages. De plus, ils n’ont pas l’expertise pour faire ce genre de chose : ils n’ont pas les canaux de distribution et de promotion nécessaires. »


Benoit Dupont dit apprécier particulièrement le soin accordé à la mise en pages. Au gage de sérieux et de rigueur apporté par la sanction universitaire de l’ouvrage s’ajoute un souci de l’agréable : « Ce sont des livres d’une belle facture, ce qui n’est pas toujours le cas dans les éditions universitaires. Les résultats sont d’une très grande qualité, tant au niveau du contenu éditorial que de l’aspect général. » Mais la maison fait plus que publier : elle donne l’impulsion d’une réflexion au sein d’une communauté intellectuelle. Ainsi, l’ouvrage en question a fait l’objet d’un lancement à la librairie Olivieri, auquel ont été conviés spécialistes, lecteurs et curieux. « Nous nous sommes sentis accompagnés dans ce processus », insiste Benoit Dupont.

 

Sur l’aménagement de plusieurs villes de l’Asie


Titulaire de la Chaire UNESCO en paysage et environnement et de la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal, Philippe Poullaouec-Gonidec est l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages publiés aux PUM, auxquels s’en ajoutera un nouveau au printemps 2013.


Depuis 2003, Philippe Poullaouec-Gonidec diffuse, en collaboration avec les PUM, ses réflexions sur l’aménagement des territoires de demain, qu’il s’agisse du Québec ou des villes du monde entier. Selon lui, la formule des presses universitaires comporte plusieurs avantages précieux, notamment le fait que les ouvrages puissent atteindre les librairies et les bibliothèques francophones du monde entier. « Nos livres continuent à vivre au-delà des salles de cours », note-t-il.


L’auteur salue ainsi la politique de prix adoptée par les presses, qui permet aux livres d’être accessibles et plus facilement diffusés. La collection « Paramètres », dans laquelle ont été publiés certains de ses livres, « a l’avantage d’un format réduit et peu dispendieux. Ce sont des livres que les étudiants peuvent acheter. » Lors de ses différentes collaborations avec les PUM, les rares corrections imposées allaient dans le sens d’une plus grande facilité de diffusion : « Il s’agissait chaque fois d’amener l’information de manière plus fluide, d’ajouter des photos et de soigner les cartes. »

 

Vers la communauté internationale


À travers une autre collection lancée en 2005 et intitulée « Architecture de paysages », l’auteur s’adresse à la communauté internationale. En effet, ses Workshops retracent des expériences menées à travers l’UNESCO en Tunisie, au Liban, au Maroc ou en Asie, répondant à une démarche commune : « Comment faire les villes au XXIe siècle ? »


L’ouvrage à paraître sous peu dans le cadre de cette collection concerne trois expériences parallèles pilotées en Chine, en Corée du Sud et au Japon et conclut trois ans de travail. « Nous avons amorcé cette activité à travers le monde pour se sensibiliser les uns les autres et trouver des solutions aux problèmes locaux. Toutes les villes doivent repenser ce qu’elles sont. C’est un laboratoire à l’échelle mondiale, permettant de prendre conscience des enjeux de culture différents, de favoriser le dialogue et de participer à la sensibilisation planétaire des architectes et des designers. »


Si les chercheurs ont eu l’idée de proposer ces expériences à la publication, ce sont les PUM qui ont décidé d’en faire une collection à part entière. « Ils ont trouvé l’initiative nouvelle, inventive et créative. » Mais la clé de la réussite des PUM, avance Philippe Poullaouec-Gonidec, est leur directeur. « Antoine Del Busso est un directeur très ouvert et créatif. Il ne dira jamais non aux bonnes idées. »


De même, l’ouvrage Montréal en paysages, publié en 2011, se présente comme un outil de réflexion et de travail destiné aux spécialistes de l’aménagement. « Nous pouvons donner aux élus, aux gestionnaires municipaux ou aux associations des outils et un point de vue sur ce qu’est le paysage montréalais. » Selon le chercheur, il ne fait aucun doute que les presses universitaires ont leur place. « Nous avons besoin de publier nos connaissances. Toutes les grandes universités doivent avoir leurs presses : c’est un canal de diffusion essentiel. »



Collaboratrice

À voir en vidéo