À l'ère du numérique - Du papier à la toile

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Au centre, Antoine Del Busso, éditeur des PUM, et Benoît Melançon, directeur scientifique des PUM, sont entourés de leur équipe.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Au centre, Antoine Del Busso, éditeur des PUM, et Benoît Melançon, directeur scientifique des PUM, sont entourés de leur équipe.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Comprenant près de 500 titres actifs en format papier, le catalogue des Presses de l’Université de Montréal (PUM) en compte presque autant en format numérique. Ayant entamé un virage technologique il y a quelques années déjà, la maison d’édition spécialisée parvient aujourd’hui à diffuser ses ouvrages à caractère scientifique de façon efficace sur la Toile.

Ce n’est pas d’hier que datent les efforts des PUM pour passer au numérique. Comme le souligne M. Antoine Del Busso, éditeur des PUM, « elles ont beaucoup tâtonné » ! En 1998, alors qu’Internet était loin d’être aussi développé qu’aujourd’hui, elles ont mis sur pied le site Internet Érudit. Donnant surtout accès à des revues et à quelques livres en format numérique, il permet encore aujourd’hui de diffuser et de promouvoir les résultats de la recherche universitaire.


La plateforme d’Érudit n’étant pas adaptée à la diffusion de tous les contenus produits par les PUM, au début des années 2000, elles ont commencé à développer certains compléments numériques, lesquels avaient surtout pour objectif de bonifier l’offre en papier.


« Par exemple, si on faisait un livre sur la profession de musicologue, dans le web, on pouvait rendre disponibles les fichiers sonores dont il était question dans le livre. Ou bien, encore, si on faisait un livre sur les zoonoses parasitaires, la bibliographie pouvait être mise en ligne. C’était surtout ce genre de choses que nous faisions à l’époque », explique Benoît Melançon, directeur scientifique des PUM.


Ce n’est toutefois que depuis trois ans que les PUM produisent de réels ouvrages en numérique. Ainsi, tous leurs nouveaux titres sont rendus disponibles soit en format PDF, soit en format EPUB. Quant aux titres plus anciens, mais toujours actifs, ils sont graduellement numérisés puis offerts en format PDF.


« C’est une étape plus avancée que les compléments, mais ce n’est qu’une étape intermédiaire, estime M. Melançon. L’avenir du numérique n’est pas là. Il ne s’agit pas de faire des PDF ou des EPUB et de les mettre en ligne. Nous souhaitons aller beaucoup plus loin que ça. »


Pas de recette unique


Le hic, c’est qu’il n’y a pas de recette unique en matière de numérique. Les combinaisons sont multiples, tout comme les formats. Il est donc difficile de déterminer la meilleure formule pour diffuser un livre dont le contenu ne se limite pas qu’au texte.


« La nature des livres que nous publions complexifie beaucoup la tâche. Ils contiennent souvent des tableaux, des illustrations, etc. Il faut que tout ça soit lisible, que ça rentre dans le cadre de la page. C’est pour ça qu’il n’y a pas qu’une solution ! Par exemple, il y a certains de nos livres qui seraient plus pratiques comme sites web que comme document PDF ou EPUB. Des livres qui contiennent 1500 pages, avec des tableaux, des graphiques, des images, lire ça sur un Iphone, ce n’est pas très convivial. C’est pour ça qu’on fait des sites Internet avec certains de nos titres », souligne M. Melançon.


Parce qu’elles peuvent se le permettre en raison de leur taille modeste, les PUM ont donc décidé d’y aller cas par cas. Chaque ouvrage est unique et commande un type particulier de passage au numérique. Tous se retrouvent désormais dans la Toile, mais certains y figurent en PDF, d’autres en format EPUB et quelques-uns sous forme de sites Internet.


« D’ici peu, nous aurons également des titres qui ne seront disponibles qu’en format numérique, annonce M. Del Busso. Par exemple, nous préparons une collection des oeuvres inédites de Germaine Guèvremont, qui sont très intéressantes pour l’histoire littéraire. Une version critique a déjà été faite. Nous n’aurons pas de version de papier, parce qu’elle s’adresse presque uniquement aux chercheurs. Mais nous pensons qu’il est important de rendre cette collection disponible aux gens qui désirent la consulter. »

 

Commercialisation


Outre l’adaptation technologique qu’impose le passage au numérique, celui-ci suppose également de nouvelles façons de faire en matière de commercialisation. Aussi, craignant que les investissements nécessaires pour convertir leurs catalogues en différents formats ne diminuent leurs profits, plusieurs éditeurs se montrent encore hésitants envers le numérique. Ce n’est absolument pas le cas aux PUM.


« Pour nous, le numérique, c’est un complément de notre travail. On n’est pas du tout dans une logique de crainte, soutient M. Melançon. Notre travail, c’est de diffuser du savoir, et, pour diffuser du savoir, il y a des canaux différents. Le numérique est l’un de ceux-là et il a beaucoup de potentiel ! »


Ainsi, contrairement à la plupart des éditeurs qui vendent leurs ouvrages numériques à environ 75 % du montant des versions en papier, les PUM ont choisi d’offrir les leurs à seulement la moitié du prix. « Ça nous paraît juste et nous ne perdons pas d’argent », confie M. Del Busso.


La plupart des titres des PUM disponibles en format numérique ne comprennent pas non plus une protection particulière. « Nos livres ne sont pas verrouillés. Nous sommes là pour diffuser le savoir, nous ne sommes pas là pour mettre des verrous sur des verrous pour empêcher que nos livres soient lus. Il faut bien comprendre qu’on s’adresse à des spécialistes. Soyons francs, l’intérêt pour les copies piratées n’est pas le même pour les zoonoses parasitaires que pour 50 Shades of Grey », lance d’un ton moqueur le directeur scientifique.


Et qu’en pensent les auteurs ? Sont-ils prêts à rendre leurs oeuvres disponibles à la grandeur de la planète en quelques clics seulement ? Aux dires de M. Del Busso, ceux-ci se montrent de plus en plus enthousiastes lorsqu’on leur parle de distribution numérique.


« La réaction de nos auteurs envers le numérique est aujourd’hui beaucoup plus positive qu’elle ne l’était il y a trois ans à peine. Auparavant, si je disais “ votre livre va être diffusé dans le web ”, le premier réflexe, c’était de se montrer inquiet, notamment pour les droits. Aujourd’hui, ils sont contents que leurs livres soient aussi diffusés via la Toile », affirme l’éditeur.


La fin du papier?


Si davantage d’auteurs se montrent enthousiastes à l’idée de diffuser leurs ouvrages via Internet et que l’avancement des technologies facilite chaque jour le passage au numérique, d’après M. Del Busso et M. Melançon, le jour où les livres savants ne seront plus publiés en format de papier est loin d’être arrivé.


« On va continuer à faire du papier, pour la simple et bonne raison que les livres ont encore leur raison d’être, assure M. Melançon. Il ne faut pas être rétrograde et opposer les deux modèles ; ils sont complémentaires. Il faut le voir comme une belle occasion, comme la possibilité de diffuser le savoir là où il n’était pas accessible ! »



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