Profession - Sur «qui fait quoi» dans le monde universitaire

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le directeur scientifique des PUM, Benoît Melançon, est très fier de la nouvelle collection «Profession», qui vulgarise le travail des professeurs d’université en s’adressant à un large public.
Photo: Source ACFAS Le directeur scientifique des PUM, Benoît Melançon, est très fier de la nouvelle collection «Profession», qui vulgarise le travail des professeurs d’université en s’adressant à un large public.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Parmi les 14 collections des Presses de l’Université de Montréal se cache « Profession » : 17 titres à ce jour, pour permettre à tous de découvrir et de comprendre les diverses professions universitaires. Et ces ouvrages peuvent être téléchargés gratuitement.

Que fait l’astronome ? Pourquoi devenir lexicographe ? Qui est éthicien ? Y a-t-il encore des latinistes ? Voilà le genre de questions auxquelles tentent de répondre les 17 ouvrages de la collection « Profession ».


Benoît Melançon, le directeur scientifique des Presses de l’Université de Montréal, professeur titulaire et directeur du Département des littératures de langue française, est assez fier de sa collection. Il nous explique comment tout ça a commencé : « Un jour, au conseil scientifique des Presses de l’Université de Montréal (PUM), on discutait sur la nécessité pour nous d’avoir une petite collection. On ne pouvait pas refaire “ Que sais-je ? ”. On ne peut pas refaire “ Robert à la découverte ”. Et je me suis dit qu’il existait encore une question à laquelle ces collections ne répondaient pas : c’est celle du travail concret des professeurs d’université. On a ainsi créé une petite collection de vulgarisation qui sert à mettre en relief très précisément et très concrètement ce que ça fait, un prof d’université, dans la vie, parce que beaucoup de gens ne le savent pas. »


Tout public


Ces livres sont destinés au grand public : il est le premier public visé. Il y a aussi un autre public, qui est celui des étudiants, de ceux qui arrivent à la fin du cégep ou au début de l’université : « Ils savent à peu près ce qu’ils veulent faire, mais ils peuvent parfois hésiter entre deux disciplines et se demander : “ Est-ce que j’aimerais mieux la sociologie ou l’histoire ? ”» Les titres de la collection sur ces deux sujets, qui sont connexes, expliquent ainsi clairement les différences entre les disciplines et montrent ce qu’elles représentent comme travail, comme débouchés et comme investissement intellectuel.


« Ce qu’on essaie de faire, c’est de toucher ces deux publics, ce qui signifie qu’on propose des livres courts, qui s’appuient sur une part autobiographique, sans toutefois employer un langage technique », explique Benoît Melançon.


Afin qu’une homogénéité se dégage de la collection, Benoît Melançon utilise ainsi un canevas de questions qu’il propose à ses auteurs : « Je dis aux auteurs : “ Voilà les questions auxquelles j’aimerais que vous répondiez. Vous avez chacun une approche particulière de votre travail, mais réfléchissez à partir de ça. ” Je demande à mes auteurs de dire rapidement pourquoi ils sont là et pourquoi ils sont devenus ce qu’ils sont devenus. »


Selon chaque auteur


C’est ainsi que, dans la collection, vue comme un ensemble, chacun des ouvrages reflète la personnalité de son auteur, principalement dans la section autobiographique : « Prenez Profession philosophe, de Michel Seymour : c’est un texte très personnel qui explique pourquoi et comment il est philosophe aujourd’hui, alors que, dans d’autres textes, ça passe par une seule phrase ou une parenthèse où l’auteur subitement se révèle. » Rien n’est toutefois jamais imposé. Ce sont des lignes directrices qui sont données, non des consignes formelles.


Le grand défi de la collection consiste à choisir les professions qui y apparaîtront. Et les livres doivent porter la signature d’universitaires ayant une certaine expérience : « Je cherche donc des professeurs qui sont engagés depuis relativement longtemps dans leur carrière, parce que je veux qu’ils aient le recul suffisant pour expliquer la variété des cheminements possibles. Par exemple, dans la profession de criminologue, Jean Proulx n’est pas le même criminologue au début et à la fin de sa carrière. »


Selon les disciplines


On tentera aussi d’équilibrer les titres en les partageant entre les professions. « Je constate, en regardant le catalogue actuel, qu’il y a beaucoup de titres qui sont du monde des lettres, des sciences humaines et des humanités, quelques-uns des sciences sociales. Et on devra développer le côté des sciences plus dures », confie Benoît Melançon, qui, ne l’oublions pas, est professeur au Département des littératures : comme si ceci expliquait cela !


Mais l’autre explication vient aussi du fait que, dans certaines disciplines, il est plus facile de trouver des auteurs pour qui écrire sera naturel : « Quand j’ai demandé à François Wesemael de faire Profession astronome, il m’a répondu que, dans son secteur, personne n’écrivait de livre et surtout pas un livre pour raconter sa vie ! »


Tout ça nous ramène à la base, à la raison première de la collection : « Ça oblige les auteurs à se mettre à l’écart d’eux-mêmes et à se poser la question : “ Qu’est-ce que je fais ? Pourquoi je fais ça ? ” C’est véritablement une question que tous les universitaires se posent. C’est un exercice qu’on fait spontanément, mais aucune collection ne posait cette question et n’y répondait de façon systématique et publique », rappelle M. Melançon.


Téléchargement gratuit


Depuis quelque temps, il est possible à quiconque de télécharger gratuitement un titre de la collection. C’est une décision commerciale que ne regrette pas Benoît Melançon : « Notre idée, c’est de faire en sorte que ces petits livres soient visibles et qu’ils soient lus. Notre idée, c’est de dire : “ Venez en lire un et vous allez aimer ça ! ”» Mais il ne faudra pas oublier que certains titres profitent déjà d’une distribution plus large, puisqu’ils sont devenus des manuels scolaires. Profession criminologue est une lecture obligatoire en première année à l’Université de Montréal en criminologie et est aussi inscrit au programme à l’École de police de Nicolet.


La collection devrait continuer à grandir au rythme de trois titres par an pour atteindre le chiffre de 30 : « Je sais déjà ce que sera le trentième, et c’est moi qui vais le faire. Ça va porter le titre de Profession universitaire ! Chaque fois, je fais des découvertes sur chacune des professions du catalogue. Même si ce sont des collègues que je côtoie régulièrement, je peux dire que, quand je les lis, j’apprends constamment des choses étonnantes », conclut en riant Benoît Melançon.



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