MacArthur démasque Obama

Pour saisir avec indépendance d’esprit l’enjeu de l’élection présidentielle américaine du 6 novembre prochain, il faut lire L’illusion Obama de John R. MacArthur. « Barack Obama est le produit d’un système verrouillé et non pas le libérateur » que l’on croyait, selon l’influent journaliste new-yorkais né en 1956, petit-fils d’un grand capitaliste et dissident de ce système qu’il connaît de l’intérieur et dont le président est au mieux la victime.
 
Le livre porte sur « le pouvoir de l’argent aux États-Unis ». Directeur du Harper’s Magazine et collaborateur chaque mois du Devoir, l’auteur, dont le grand-père John Donald MacArthur (1897-1978) fit fortune dans l’assurance, reproche au premier président noir de son pays (à ce simple titre, figure emblématique du progrès social) d’avoir insidieusement mêlé le privé au public dans son étatisation partielle de l’assurance maladie.
 
Pour beaucoup, cette réforme de 2010, surnommée l’Obamacare, reste la meilleure réussite présidentielle du tribun formé à l’école de Richard M. Daley, maire démocrate de Chicago. Ayant vécu dans cette mégapole, MacArthur en évoque la magouille politique, nullement étrangère à l’esprit d’une réforme qui, écrit-il, « favorisait les sociétés d’assurances privées avec 30 millions de nouvelles polices d’assurance subventionnées par le gouvernement ».

L’aide fournie à des Américains qui étaient dépourvus de protection dans le domaine de la santé ne permet pas d’atteindre l’idéal d’un régime public universel. L’Obamacare, régime compliqué, en réalité semi-public, parallèle à un régime privé plus puissant, ne s’applique pas automatiquement, comme le système québécois. Il laisse des millions de personnes sans protection.
 
Dans son recueil d’articles, publiés surtout dans Harper’s et Le Devoir de 2008 à 2012, MacArthur range cette réforme boiteuse parmi les espoirs déçus qui assombrissent le mandat d’Obama. Il la compare à l’abandon de tant de projets : ceux d’augmenter l’impôt sur le revenu des plus riches, d’arrêter l’ingérence de Washington en Afghanistan, de réviser la libéralisation commerciale avec le Mexique et la Chine pour qu’elle ne désavantage plus les ouvriers américains par rapport au coût de la main-d’œuvre…
 
Les faiblesses d’Obama devraient désillusionner les progressistes qui le défendent encore. Pour l’essayiste lucide et mordant, elles s’expliquent par le refus du président de déplaire aux donateurs du monde des affaires. Dès 2004, ces bailleurs de fonds avaient financé sa campagne sénatoriale. Ils lui ont ensuite permis d’accéder à la fonction suprême. Parmi eux figurent, au premier rang, les banquiers de la firme Goldman Sachs.
 
Même s’il a encouragé l’onéreux et peu démocratique sauvetage de Wall Street par George W. Bush, Obama paraîtra toujours plus libéral que son adversaire républicain Mitt Romney. Cependant, qui oserait jurer que les deux ne servent pas le même pouvoir?

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Collaborateur