Le 13 septembre 1759

Le 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham a révélé les lacunes de l’historiographie de langue française se rapportant à la guerre de la Conquête. La publication des actes d’un colloque franco-québécois tenu en marge des cérémonies permet de dépoussiérer les lieux communs d’un conflit autrement plus important que la guerre de 1812.

La Conquête est en avance sur son époque, soutient Bertrand Fonck, le codirecteur de La guerre de Sept Ans en Nouvelle-France. Les objectifs irréconciliables des belligérants, l’acceptation résignée des destructions et un seuil de violence particulièrement élevé lui donnent les apparences d’une « guerre totale ». Cette impression est confirmée par René Chartrand, qui chiffre l’ampleur de la mobilisation canadienne qui surpasse celle des Prussiens en Europe.


L’arrivée massive de soldats professionnels bouleverse les tactiques employées en Amérique. Pour Laurent Nerich, il n’est plus possible de mener des actions de petite guerre en vase clos : la force l’emporte désormais sur la ruse. Les méthodes de combat éprouvées en Europe doivent tout de même être adaptées au contexte américain, rappelle Fonck. L’historien met également l’accent sur l’ampleur de la tâche des officiers généraux qui partagent les fatigues du soldat et les risques du combat en première ligne comme en témoigne la mort de Wolfe et de Montcalm.


La bataille des plaines d’Abraham ne fait l’objet d’aucune analyse tactique approfondie dans cet ouvrage, qui est pourtant issu de son 250e anniversaire. Laurent Veyssière s’en approche dans un essai sur le colonel de Bougainville qu’il juge « responsable, mais pas coupable » pour son retard sur le champ de bataille. Les autres auteurs vont généralement critiquer Montcalm avec plus ou moins d’ardeur et d’arguments.


Les historiens québécois ont tendance à minimiser les impacts de l’affrontement du 13 septembre 1759, la Nouvelle-France étant condamnée par sa démographie et la volonté britannique de s’en emparer. Olivier Chaline ne partage pas ce fatalisme. Pour lui, l’effort financier et militaire consenti par la Grande-Bretagne en 1759 est « difficilement réitérable ». Il s’agit d’un « formidable pari sur la victoire », dont l’échec peut entraîner l’ouverture de négociations de paix.


Cet aspect est abordé par Frédéric Guelton et François Ternat, qui ébranlent le dogme de l’abandon du Canada par Versailles. Dans son essai, le premier évoque les offensives menées par la France en Allemagne afin de récupérer ses colonies par un échange de conquêtes. Le second rappelle plutôt les efforts de la diplomatie française, qui tente de recouvrer le Canada malgré la chute de Québec, qui affaiblit considérablement son rapport de force.


La guerre de Sept Ans en Nouvelle-France aborde sans gêne les facettes politiques et militaires d’un conflit qui est demeuré au coeur de notre mémoire collective. Pour reprendre le souhait de l’historien Serge Bernier en préface, « on peut espérer que des vocations sortiront de cette lecture, en particulier au Québec, où cette partie de l’histoire n’est presque plus enseignée ».