Les éditions Les Allusifs déclarent faillite

Écrasées sous le poids des dettes, les éditions Les Allusifs ont dû, en dernier recours, s’en remettre à la loi sur les faillites. Fondée en 2001, la maison avait cédé 55 % de ses actions aux éditions Leméac en 2010 afin de résoudre des difficultés déjà intenses. Mais la greffe n’a jamais pris, conclut Lise Bergevin, la directrice des éditions Leméac.

Les documents officiels de la faillite indiquent un passif de pratiquement 800 000 $. Beaucoup d’argent pour une maison qui publiait peu.


Depuis sa fondation, Les Allusifs se vouait à l’édition de romans courts et proposait surtout des traductions étrangères. Ses couvertures distinctives, frappées longtemps d’un cercle caractéristique, étaient facilement reconnaissables. L’éditeur publiait très peu d’auteurs canadiens. Au catalogue, des livres de Pan Bouyoucas, Roberto Bolaño, Pierre Jourde, Daniel Bélanger, Mavis Gallant, Joyce Carol Oates, Sylvain Trudel et Sergio Pitol, pour n’en nommer que quelques-uns.


Dotée d’un flair indéniable pour la littérature, Brigitte Bouchard passait plusieurs mois par année en Europe, où elle affirmait réaliser 80 % de son chiffre d’affaires. Lise Bergevin dit avoir eu tôt fait de remettre en question cette façon de faire. « Avec Internet, Skype et la possibilité d’aller en Europe tous les trois mois pour rencontrer les auteurs, les journalistes et le distributeur, il n’y avait pas besoin de dépenser autant pour vivre en Europe. Il est certain que, dans cette faillite, des auteurs et des traducteurs perdent de l’argent. Mais je me suis fait un devoir de payer tous les auteurs canadiens. »


Selon Leméac, les habitudes européennes des Allusifs et de son éditrice entraînaient des dépenses supplémentaires de l’ordre de 150 000 $ par année, ce qui entravait sérieusement la rentabilité et tirait la maison vers un gouffre. « Dommage, dit Lise Bergevin, parce que Les Allusifs étaient un beau projet culturel et un projet d’affaires auquel je croyais et auquel je crois toujours. Mais il fallait analyser les titres publiés et les dépenses engagées. […] L’Europe, c’était du “ jet-setting ”. Dépenser autant pour un pied-à-terre à Paris, je regrette, mais c’est du pur “ jet-setting ” ! Je n’ai pas les moyens de ça. Je ne peux m’offrir une danseuse. Par respect pour les auteurs et les fournisseurs, il faut savoir respecter ses engagements. […] Tu peux te servir des auteurs comme carte de visite pour toi-même et faire beaucoup de salons à l’étranger. Mais est-ce que tu sers ainsi les oeuvres et la littérature ? C’est moins sûr. »


Leméac affirme avoir investi plus de 500 000 $ pour sauver des eaux Les Allusifs. Selon Lise Bergevin, Brigitte Bouchard « n’a pas respecté ses engagements en continuant de signer des contrats seule et en engageant de nouvelles dépenses ».


Mme Bouchard a démissionné il y a déjà plusieurs semaines. Leméac est le seul à avoir fait une proposition aux créanciers. L’offre devrait en principe être acceptée et permettre la signature de nouveaux contrats avec les auteurs. « Les Allusifs vont continuer de publier, soutient Lise Bergevin. Mais il me faudra au moins 10 ou 15 ans pour récupérer mes billes ! J’aurai un éditeur en Europe et un au Québec qui pourront échanger. Nous lancerons le prochain titre de Tecia Werbowski d’ici quelques jours. Et un autre avant Noël. »


Le Devoir a tenté à plusieurs reprises de joindre Brigitte Bouchard au cours des dernières semaines, sans succès.

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