Gallimard prône le prix unique du livre au Québec

Antoine Gallimard
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Pierre Muller Antoine Gallimard

Antoine Gallimard, petit-fils du fondateur des éditions françaises Gallimard et désormais p.-d.g. de la maison à la célèbre collection « Blanche », a accepté la demande la Table de concertation du livre. Il a pris position pour promouvoir une politique sur le prix unique du livre au Québec. Cette politique ferait qu’un livre serait vendu au même prix partout au Québec, qu’il soit aux étalages des Walmart, Costco, Renaud-Bray ou des petites librairies de quartier.

Le p.-d.g. de Gallimard a apporté par lettre son soutien à la campagne québécoise Nos livres à juste prix. La France a adopté une politique sur le prix unique il y a déjà 30 ans. « La loi Lang sur le prix du livre, votée par le Parlement français en 1981, a apporté au marché du livre français un cadre stable et durable, servant l’intérêt général - en premier lieu, celui des auteurs et lecteurs - sans brider l’initiative des acteurs économiques », a précisé Antoine Gallimard. « De plus, poursuit-il plus loin, le prix unique a conforté l’égalité des citoyens devant le livre, vendu au même prix sur tout le territoire national, et a permis le maintien d’un réseau décentralisé très dense de librairies. »

 

Selon la Table de concertation du livre, qui réunit d’importants acteurs de toute la chaîne de l’édition au Québec, des auteurs jusqu’aux libraires, une loi assurant le prix unique du livre empêcherait la fragilisation des librairies par rapport aux grandes chaînes qui soldent les bouquins. La stabilité de tout l’écosystème de l’édition québécoise en serait solidifiée.

 

À ce jour 14 pays aussi différents que le Japon, l’Argentine, la Norvège, la Grèce, la Corée du Sud ou Israël ont pris des dispositions pour instaurer le prix unique. Au contraire, les États-Unis refusent de se doter d’un cadre réglementaire, et la Grande-Bretagne a délaissé sa loi en 1995. Ces deux pays voient depuis leur chaîne d’édition s’affaiblir. Et c’est beaucoup les librairies qui en pâtissent : aux États-Unis, on sait déjà que les petits libraires disparaissent de plus en plus au profit des grandes chaînes.

 

Ici ? Le nombre de libraires indépendants agréés au Québec baisse alors que la population augmente. Selon les chiffres de l’Association des libraires du Québec, on compte près de 10 % de libraires de moins qu’il y a dix ans.

 

« L’augmentation des prix de vente des livres depuis l’instauration du prix unique en France a été inférieure à l’augmentation du coût de la vie, continue Antoine Gallimard dans sa missive. Tous les acteurs de la chaîne du livre ont vu leurs intérêts préservés : les auteurs pour conserver une juste rémunération, les éditeurs pour garder une marge nécessaire pour la recherche littéraire, et les libraires pour proposer une grande variété d’ouvrages. »

 

Puissance américaine

 

L’éditeur enchaîne : « Je pense que le Québec doit aussi poursuivre sa réflexion sur cette question et ne pas tarder à agir, notamment en raison de sa proximité avec le marché du livre numérique américain déjà très développé. Nous devons nous doter des moyens de résister à la puissance des multinationales technologiques. […] Le marché du livre imprimé et du livre numérique doit être envisagé solidairement. »

 

Rappelons que la ministre sortante de la Culture, Christine St-Pierre, avait annoncé en juin le lancement d’un chantier pour mettre à jour la loi 51, qui date de 1981. Pendant la campagne électorale, le Parti québécois s’était prononcé tièdement pour le prix unique, par la voix du directeur du contenu, Martin Caillé : « Un gouvernement du Parti québécois accélérera les travaux en vue d’adopter une législation qui irait dans ce sens, en évaluant l’impact économique pour l’industrie et les consommateurs. »

 

En attendant que le nouveau ministre de la Culture, Maka Kotto, se prononce, la campagne de promotion et le site Internet Nos livres à juste prix continue de rassembler documents et témoignages pour promouvoir une loi sur le prix unique. Sur le site Internet s’est ajouté hier, en plus de la voix d’Antoine Gallimard, l’appui de Gérald Larose. S’y trouvaient déjà des textes en faveur du prix unique signés par Yann Martel, Nancy Huston, Marc Lévy, R.J. Ellory, Nicolas Dickner ; par les éditeurs Pascal Assathiany (Boréal), Robert Soulières (Soulières) ou Arnaud Nourry (Hachette) et les appuis, venus de divers horizons, des Denys Arcand, Guy A. Lepage, Catherine Mavrikakis, Dany Laferrière, Janine Sutto, Denis Marleau et Kim Thuy, parmi de nombreux autres.

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