Le Canada: la Suisse des compagnies minières

Les États-Unis passent pour le pays qui ferme les yeux sur les boursicoteurs et sur les méfaits des entreprises nationales à l’étranger. L’essai Paradis sous terre, d’Alain Deneault et William Sacher, montre que le Canada, malgré une meilleure réputation, est, dans le domaine minier (nid de spéculateurs où il règne), le délinquant de la planète, au point où, chez les dépossédés des pays du sud, beaucoup jugent les Américains plus soucieux de l’éthique.

L’ouvrage du politologue de l’UQAM et du doctorant en économie de la Faculté latino-américaine de sciences sociales expose « comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale ». Mais, explique-t-il, c’est devant des tribunaux états-uniens que des populations lésées doivent, à cause de la législation plus évoluée de l’Oncle Sam et des interrelations d’un système financier sans frontières, poursuivre des entreprises canadiennes !


Ainsi, l’île de Marinduque aux Philippines demande des réparations à la société aurifère torontoise Barrick Gold pour la pollution massive de l’endroit. Son avocat texan souligne : « Le Canada est un forum inhospitalier pour ce genre de réclamation. »


Dans la préface du livre, Richard Desjardins, chanteur-compositeur et documentariste, rappelle que le vérificateur général du Québec révéla en 2009 que 14 mines sur les 24 en activité dans la province n’avaient versé aucune redevance à l’État depuis sept ans. Deneault et Sacher osent résumer l’ensemble de la situation canadienne : le pays « a tout mis en oeuvre », des lois à la diplomatie en passant par la finance, « pour devenir dans l’histoire récente un paradis judiciaire de l’industrie extractive mondiale », la « Suisse des mines » !


Les auteurs signalent que « plus de 75 % des sociétés mondiales d’exploration ou d’exploitation minière ont leur siège social au Canada » et que « près de 60 % de celles qui sont cotées en Bourse s’enregistrent à Toronto ». Ils précisent que les capitaux de ces entreprises proviennent en particulier d’Australie, de Belgique, de Suède, d’Israël et des États-Unis.


Comme ils l’expliquent si bien, Ottawa, par le mécanisme financier des « actions accréditives », permet à de multiples sociétés minières exemptes d’impôts de transférer les crédits fiscaux, dont elles auraient bénéficié, à leurs investisseurs (banques, fonds de pension, etc.). En se privant ainsi de revenus, l’État enrichit l’industrie extractive à même les deniers publics. Cela s’ajoute à l’importante contribution des placements de simples citoyens à la même sphère de l’économie.


Des sociétés inscrites à la Bourse de Toronto ne sont pas étrangères aux millions de victimes de la guerre civile (1998-2003) pour le contrôle des ressources minières du Congo. Nombre d’entre nous, qui détenons ne seraient-ce que de maigres valeurs mobilières dans l’industrie extractive canadienne, devraient en frémir.


 
5 commentaires
  • Danièle Houde - Abonnée 15 septembre 2012 08 h 27

    Un ouvrage à lire

    Après l'arrêt de l'impression et le retrait en librairie des livres Noir Canada (que j'ai eu la chance de lire en version pdf. Disponible toujours sur internet), je suis bien contente de voir un nouvel ouvrage explorant le monde des minières canadiennes... et surtout dénonçant leurs actions et ravagent dans plusieurs pays de part le monde, autant au niveau des droits humains qu'au niveau de l'environnement...
    En espérant que ce dernier ouvrage, sa maison d'édition et ses auteurs ne soient pas frappés du même sort que Noir Canada...

  • Denise Lauzon - Inscrite 17 septembre 2012 01 h 45

    Une industrie sale et sans scrupule

    D'après cet article, 14 des 24 compagnies minières au Québec n'auraient versé aucune redevance depuis les 7 dernières années.

    Il a beaucoup été question ces dernières années des redevances des cies minières reliées au Plan Nord que J. J. Charest a tant vanté et je me demande pourquoi les révélations faites dans le livre d'Alain Deneault et de William Sacher n'ont pas fait partie des débats.

    J'espère que ce livre pourra servir d'outil de travail pour les politiciens qui se disent au service des citoyens.

  • Raynald Blais - Abonné 17 septembre 2012 06 h 46

    Fonds communicants

    J'espère que la conclusion du journaliste Michel Lapierre ne reflète pas celle du livre d'Alain Deneault et de William Sacher telle que: "Nombre d’entre nous, qui détenons ne seraient-ce que de maigres valeurs mobilières dans l’industrie extractive canadienne, devraient en frémir". Si c'est le cas, ce ne sera qu'une nouvelle tentative pour déculpabiliser les petits investisseurs en insinuant que la solution est d'investir dans un autre domaine que celui des minières. Ce procédé cul-de-sac avaient été suggéré voilà quelques années pour lutter contre la pollution de placer ses maigres économies dans les écofonds. Le seul résultat obtenu fut de culpabiliser les petits et d'abuser de leur intelligence en leur faisant croire que le CAPITAL mondial est compartimenté sans être affecté par le principe des vases communicants.

  • Pierre Rousseau - Abonné 17 septembre 2012 11 h 02

    Collusion

    Cette situation est, entre autres, le résultat de la collusion entre les minières canadiennes et le gouvernement fédéral, en particulier l'administration Harper. Non seulement ont-elles des avantages financiers importants mais en plus on ferme les yeux sur les violations des droits humains des minières canadiennes à l'étranger. On a bien tenté de passer une loi leur imposant des normes internationales de respect des droits humains mais les conservateurs s'y sont opposés et la loi ne vit jamais le jour.

    Or on sait pertinemment que des minières canadiennes sont complices de crimes graves en Amérique du Sud, qu'il y a violations importantes des droits des peuples autochtones dans des territoires où ils n'ont aucune protection et qu'elles profitent de laxisme de la part de gouvernements du sud qui ont tellement besoin de devises...

    La preuve la plus éloquente de collusion entre le fédéral et les minières est le traité récent de libre-échange avec la Colombie où on sait que les violations des droits humains sont massives et où la guerre civile sévit encore (il y a espoir de paix depuis une ouverture récente entre les FARC et le gouvernement Santos mais les autres groupes armés illégaux n'en sont pas partie, sauf peut-être l'ELN); ce traité ne comporte aucune clause sur la protection des droits humains sauf celle, bien insignifiante, d'un « rapport » annuel qui, cette année a été d'un ridicule consommé. Il faut aussi mentionner que ce traité a été signé grâce au soutien des libéraux fédéraux, qui sont tout aussi impliqués que les conservateurs.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 18 septembre 2012 23 h 18

    le fer québécois

    Bonjour. Quelqu'un sait combien nous vendons la tonne de fer?