De la poésie avant toute chose

Paul Chamberland
Photo: Rémy Boily Paul Chamberland

Le plaisir des découvertes et des attentes, les promesses qu’on veut voir se réaliser, les déceptions, aussi, qui guettent au détour, nous voici devant des propositions auxquelles on espère ne pas pouvoir résister.

Ainsi, en octobre, un nouveau François Charron, dans la collection « L’appel des mots » à l’Hexagone, dont on souhaite un peu de renouvellement, nous parlera de sa Vocation de la perte, lui qui « a fait de l’amour du beau sa priorité ». Retenons aussi un nouveau René Lapierre aux Herbes rouges, ce qui est toujours gage d’une rare qualité, lui qui parle Pour les désespérés seulement, parce qu’il faut impérativement que nous « résistions », que « nous nous multipliions ».

Réédition qu’on surveillera, chez Perce-Neige : Le cri de terre de Raymond Guy LeBlanc, qui soulignera le 40e anniversaire de l’édition littéraire en Acadie et dans la francophonie canadienne, recueil qui met en perspective Mai 68, ce qui est intéressant dans la mouvance du printemps étudiant qu’on vient de connaître.
 

Une curiosité nous attend aux Écrits des Forges avec la parution de Premiers soins, premier recueil de David Goudreault, qui a été couronné champion de la Coupe du monde de slam à Paris en 2011 (on n’arrête pas le progrès après cet été olympique) ! Nous y sera proposée aussi une Géographie en courtepointe, dont le titre granola-freak nous fait déjà frémir, de Marie-Hélène Sarrasin… Peut-être vaudra-t-il mieux rester Autour du salon avec Serge Mongrain pour s’y adonner à une Ode mathématique en compagnie d’Alexandre Trudel.


Un titre m’inquiète particulièrement cet automne, aux Poètes de Brousse, soit celui de Jean-Marie Poupart, On achève bien les moustaches, mais un autre me fait particulièrement sourire, soit le Voir Sherbrooke et mourir de Danny Rhainds ! Y paraîtront également Les pantins de la destruction de Paul Chamberland et un nouveau titre du très talentueux François Guerrette, Pleurer ne sauvera pas les étoiles.


Curieusement, deux recueils vont voir le jour autour de l’oeuvre majeure du peintre Francis Bacon, d’abord chez Poètes de Brousse, le Francis Bacon apôtre de Catherine Harton, et ensuite les 158 fragments d’un Francis Bacon explosé de l’excellent auteur Larry Tremblay, au Noroît.


Restons au Noroît, et toujours dans la mouvance picturale, soulignons la parution du nouveau recueil de Paul Chanel Malenfant au très beau titre de La petite mariée de Chagall, dont on a pu lire d’heureux extraits parus récemment dans ses Traces de l’éphémère, dans la collection « Ovale ». Jocelyne Felx nous propose, dès le mois d’août, Le nord des heures ; suivi de Sonnets des jeunes heures, alors que Pierre Ouellet, dans la foulée de ses Buées parues à l’Hexagone ce printemps, nous offre maintenant au Noroît ses Huées. Octobre sera faste avec les Replis, chambre de l’arpenteur de Paul Bélanger, L’insensée rayonne de Diane Régimbald et les Paysages et personnages de Jacques Rancourt.


Aux Éditions d’art Le Sabord, Anthony Phelps nous offrira L’araignée chiromancienne, un bestiaire. Mais il y aura aussi les résidus d’un essai curieux mené par Frédérique Dubé avec 365 passants. Et 65 qui resteront, fruit d’un projet lancé sur un blogue pendant une année, pendant laquelle l’auteure s’est plongée dans la peau d’une autre existence pour n’en garder que 65 sur les 365 envisagées. Chez David, où le haïku règne indéfectiblement, nous retiendrons S’agripper aux fleurs (que nous plaignons un peu), réunissant un collectif de femmes innues (dont les textes paraîtront en français et en innu).


À l’Hexagone, on nous annonce Du pain dans les joues de Louise Marois. Il faudra y suivre les déconvenues d’un couple de femmes dont la maison cause la perte.


À l’Oie de Cravan, Shawn Cotton veut nous donner des Armes à penser, qui évoqueraient la poésie de Denis Vanier et de Geneviève Desrosiers, ce qui n’est pas peu comme influences. Le très prolifique Jean-Paul Daoust nous offrira aux Forges, une édition revue, corrigée, et augmentée de ses Lèvres ouvertes et chez Poètes de Brousse, ses Odes radiophoniques (lues à l’émission Plus on est de fous à Radio-Canada). On y découvrira également le dernier Kim Doré, In vivo.


Chez Mémoire d’encrier, on ne craint pas les titres étranges et, au premier chef, ce N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures de Natasha Kanapé Fontaine, jeune auteure innue. On y découvrira, sous la direction de Laure Morali et de Rodney Saint-Éloi, Les bruits du monde, livre-disque, fruit du spectacle nomade du 10e anniversaire des éditions, réunissant 29 auteurs.


Chez Triptyque, Diane-Ischa Ross, dans Disparaître et l’été, parle entre autres de deux filles « aux franges d’icelle », ce qui nous effraie un peu ! Quant à Mariève Maréchal, elle nous invite dans La chambre organique d’une « maison fleuve maison bûchée maison mémoire ». Après, peut-être, découvrirons-nous, au moment des Aubes en retard, Olivier Labonté, qui comprend tout « à l’âge où le désir de faire un enfant s’impose comme une orchidée sur la pierre de nos ruines ». Soulignons que Marchand de feuilles n’a pas de nouveau titre cet automne, mais que sont parus au début de l’été Cimetière de poche de Pica et Vibration des astres éteints de Martin Ouellet.


 

Collaborateur du Devoir