L’effet Payette

Lise Payette photographiée lors du lancement de la série radiophonique Rappelez-moi Lise, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
Photo: Société Radio-Canada Lise Payette photographiée lors du lancement de la série radiophonique Rappelez-moi Lise, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Sa plume est aussi libre que sa parole est franche. Lise Payette voit une soixantaine de ses chroniques parues dans Le Devoir depuis 2007 réunies dans un recueil, par les éditions Lux. Le mal du pays sera sur les rayons des librairies demain.

Bien sûr, chroniqueuse n’est qu’un des plus récents chapeaux de cette communicatrice avertie. Animatrice admirée, auteure et productrice de séries télé, féministe et souverainiste de la première heure, elle a été ministre sous le beau règne de René Lévesque, de 1976 à 1981. Elle lance d’ailleurs la féminisation des titres politiques, insistant pour se faire appeler « la » et non « le » ministre. On lui doit aussi la réforme de l’assurance automobile.


Mais son rôle de chroniqueuse lui tient à coeur à ce point-ci de sa vie.


« Je ne crois pas qu’on puisse faire ça quand on est jeune, explique-t-elle en entrevue au Devoir. Quand on vieillit, on acquiert une sorte de liberté de parole qu’on n’avait pas avant. Je me sens libérée complètement de tout lien, de toute responsabilité, je n’ai à plaire à personne, alors je Me sens très libre de dire ce qui me passe par la tête. »


À peine sortie de la série radiophonique Rappelez-moi Lise, diffusée sur la Première Chaîne de Radio-Canada cet été, et qui revisitait des entrevues de son mythique talk-show des années 70, voici que Mme Payette revient sous de sobres projecteurs, cette fois éditoriaux, avec la mise en vitrine de ses chroniques. Elle est la première surprise par ce regain de curiosité à son endroit.


« Je ne m’attendais pas du tout à ce que mes chroniques soient publiées,confie-t-elle en entrevue au Devoir.C’est une initiative de l’éditeur [Mark Fortier] que j’ai laissé entièrement libre du choix des chroniques. »


Joli dénouement pour celle qui, dès sa première chronique en 2007, faisait le souhait d’être adoptée par les lecteurs du Devoir. Ce même quotidien qui, 30ans plus tôt, sous la plume acérée de l’éditorialiste Lise Bissonnette, ébranlait sa crédibilité de ministre en déclenchant l’« affaire des Yvette ».


Surprise donc, la dame Payette, et d’autant plus ravie. Non par vanité, mais parce qu’il s’agit pour elle d’un juste retour des choses. « Je n’ai pas fait tout ce travail, je n’ai pas appris tout ce que j’ai appris pour que ça ne me serve à rien, une fois arrivée à la fin de ma vie, dit-elle. En vieillissant, je tiens beaucoup à rester dans la parade », expression qu’elle emprunte à Dominique Michel.


Ce modeste « effet Payette », elle l’attribue donc à l’âge, à l’expérience, même si elle «essaie de ne pas faire vieille dans [s]es écrits». Une maturité qui sert particulièrement bien le style journalistique de la chronique ici en vedette.


Condensé de ses réflexions et opinions concernant la marche actuelle (ou plutôt le piétinement ?) du Québec, Le mal du pays - dont la parution a été devancée pour coller à l’actualité politique - pourrait-il jeter un petit pavé dans la mare électorale ? Car Mme Payette n’y est pas tendre envers le premier ministre Charest, qu’il s’agisse du Plan Nord ou du conflit étudiant.


« Ces chroniques existent, ont déjà été publiées, ce n’est pas du matériel qui fera hautement scandale, croit-elle. Mais ça peut permettre de répandre ce qu’il y a dedans. Et à ce moment-ci, c’est bon la réflexion, parce que les choix sont multiples. Et les problèmes aussi. Alors tout ce qui apporte matière à réflexion est bienvenu. »

 

Un regard critique éclairant


Jean Charest n’est de toute manière pas le seul à passer sous sa loupe critique, astiquée par des années d’observation - et d’action - sur la scène politique québécoise.


Une qualité qu’a flairée le jeune éditeur Mark Fortier, chez Lux.


« L’idée m’est venue spontanément l’an dernier, à la lecture de deux ou trois chroniques particulièrement fortes, raconte celui-ci. Ce qu’on aimait, c’est son regard critique éclairant sur l’actualité politique, qui s’appuie souvent sur des références à l’histoire du Québec. »


Le livre, dont la préface bien sentie est signée par notre rédactrice en chef, Josée Boileau, répartit les chroniques selon quatre thèmes toujours chers à l’auteure - l’information, la question nationale, les enjeux socioéconmiques et le féminisme.


« À l’origine de tous les sujets que j’aborde, il y a la question : qu’est-ce qui m’empêche de dormir ?, dit-elle. Et si ça m’empêche de dormir, ça vaut la peine d’en parler. C’est ma base de réflexion. »


Et ce n’est pas fini. Une autre porte vient de s’ouvrir pour la dame de coeur, toujours aussi engagée dans sa société : la campagne électorale tout récemment enclenchée, qui lui semble une « bouffée d’air frais » essentielle pour éviter de sombrer dans le cynisme politique. Il s’agit de cueillir l’effervescence semée au printemps…

10 commentaires
  • Monique Lo - Abonnée 8 août 2012 08 h 00

    hâte

    abonnée au journal, je savoure la chronique de Mme Payette comme un précieux dessert. Elle arrive souvent à point dans mes réflexions. Une opinion d'expérience. Un point de vue souvent juste, à mon avis. Bonne idée que d'avoir colligé le tout, j'ai bien hâte d'avoir ce petit bouquin en référence, comme mentor que l'on consulte lorsqu'on n'y voit plus clair.

  • France Marcotte - Abonnée 8 août 2012 08 h 55

    Un rôle aussi symbolique au Québec, mais de quoi?


    Une fois c'était très touchant.

    À la suite d'une chronique, sur le site, des lecteurs hommes disaient à madame Payette qu'ils l'aimaient.
    «Je vous aime madame Payette, voilà.»

    Je ne me souviens pas à la suite de quel sujet c'était.

    Mais quand elle parle des femmes, en féministe, elle ne suscite pas cet amour des lecteurs, certains retournent même leur veste.
    L'amour est si fragile...

  • Anne Pochat - Inscrite 8 août 2012 09 h 27

    Tome 2?

    Dommage qu'il s'arrête avant le cirque électoral. C'est tellement savoureux..le vendredi je me lève tôt pour trouver le devoir dans mon coin de campagne reculé.sans cette lecture qui me fait rire et parfois pleurer, je creverai de décourragement.

  • Roland LeBel - Abonné 8 août 2012 10 h 42

    Avez-vous dit féministe ?

    Si je me souviens bien, les milliers d'Yvettes, de concert avec Mme Lise Bissonnette, journaliste puis directrice du Devoir de 1990 à 1998, n'ont pas trouvée Mme Payette si féministe que cela.

    • Robert Dufresne - Inscrit 8 août 2012 11 h 46

      C'étaient les Yvettes qui se complaisaient dans leur rôle d'épouse et de pendant de l'homme de l'époque. C'est le discours féministes qui les heurtaient à l'époque, si je me souviens bien...

    • Jean Custeau - Inscrit 8 août 2012 22 h 32

      AVEC UN GROS CLIN D'OEIL : À l'époque des Yvettes j'avais écrit une chanson dont le refrain était :

      On a tous une tante Yvette
      Qui confie à sa lavette
      Qu'elle voudrait à la cachette
      Coucher avec Monsieur Net!

      'scusez là!

    • Claude Lachance - Inscrite 9 août 2012 07 h 06

      Les Yvettes dites-vous? Les defendeurs (euses) du NON, S'en sont servi comme d'une bouée de sauvetage, souvenez-vous, c'était l'époque ou les Canadians prétendaient nous aimé, à la condition qu'on reste silencieux dans le giron canadian. Les Yvettes ? Une malheureuse phrase, qui peut nous rappeller que les politiciens, ne sont surtout pas à l'abri des aléas d'une phrases trop vite lancée.Et que l'on s'est servi des femmes à des fins autres que celles de leur" libération."

  • Gilles Bousquet - Abonné 8 août 2012 11 h 06

    Le mal du pays chronique

    Ce mal risque de faire mal longtemps vu qu'il n'y a qu'environ 12,5 % de véritables séparatistes "ceux qui souhaitent le Québec séparé du Canada par une déclaration d'indépendance unilatérale". Les autres 27,5 % de Québécois qui se déclarent aussi souverainistes dans les sondages, veulent rester dans le Canada, comme les 40 % de fédéralistes.

    Fait que, s'il n'y a pas de solutions de trouvées entre le fédéralisme actuel et la séparation, les séparatistes risquent d'avoir mal longtemps.

    • Jean Custeau - Inscrit 9 août 2012 19 h 27

      SON PAYS : UN TERROIR POUR SES RÊVES

      Tous ces termes en iste me rendent inconfortable. Pour moi, la quête d'un pays est beaucoup plus simple. Encore plus simple que de contracter une hypothèque.

      C'est déclarer haut et fort au concert des nations : Le territoire qui est ici, sous nos pieds est le nôtre. À l'intérieur de ce territoire ce sont nos décisions et nos règles qui prévalent. Tu es bienvenuE si tu respectes ces règles et que tu veux bâtir avec nous un lieu de paix où chacun se respecte et respecte l'autre en stricte égalité. Vous me direz que je suis bien naïf. J'en conviens mais je ne suis pas le seul.

      Un pays, ça se fait dans le positivisme, pas dans un objectif de destruction. Je n'ai rien contre le Canada, je ne veux pas le fractionner, je veux m'en retirer : même si le Québec s'en retirait, le Canada continuerait à vivre et à se développer selon ses valeurs qui ne sont pas les nôtres.

      Je veux juste ne plus faire partie de ce Canada. Je ne ressens rien envers ce pays et sa population anglophone; encore moins envers le premier ministre qu'il s'est donné. La plupart des valeurs proposées par ce premier ministre représentent quelque chose que je déteste et qui ne me sied pas du tout.

      Voilà. C'est tout simple, comme un rêve...