Un pays de sable et d’acacias


	L’écrivaine Margaret Laurence a vécu dans le Somaliland, où se passe le récit de son roman inédit. 
Photo: Alto
L’écrivaine Margaret Laurence a vécu dans le Somaliland, où se passe le récit de son roman inédit. 

Oeuvre inédite de l’écrivaine manitobaine Margaret Laurence, Une maison dans les nuages (The Prophet’s Camel Bell, 1963) a pour cadre le Somaliland, ce territoire de la Corne de l’Afrique où elle a séjourné pendant deux ans, de 1950 à 1952, aux côtés de son mari Jack, ingénieur chargé par l’administration du Protectorat britannique de superviser la construction de réservoirs d’eau dans le désert. À première vue, on pourrait être tenté de croire qu’Une maison dans les nuages constitue une sorte de carnet de voyage, comme l’écrit la traductrice romancière Dominique Fortier (La porte du ciel, Alto) dans la préface. Comme dans les récits de voyage, l’auteure décrit les paysages - cités de sable, acacias, arbres à myrrhe recouverts de petites fleurs jaunes exhalant un parfum délicat et suave -, l’architecture des villes, les coutumes nomades et claniques, divers aspects de l’histoire et de la culture somalies.

Au départ, la méconnaissance mutuelle et les différences culturelles donnent lieu à toutes sortes d’imbroglios. La prise de contact entre les « impérialistes » et le peuple somalien s’avère difficile : « Les gens ne sont pas des huîtres dont on peut forcer la coquille. » Pour mieux saisir le pays et ses habitants, la romancière traduit en anglais des poèmes somalis. Au fil des jours, elle accumule avec un mélange de curiosité, d’humour et de compassion des notes et des observations sur l’endurance des Somalis, « semblable à fibre du cactus du désert », leur souffrance et leur foi, leur colère et leur manière de rire lorsqu’ils font face au désastre, leur irréductible fierté et leur joie de vivre même dans les circonstances les plus affligeantes. Les portraits présentés dans les dernières pages, ceux d’Hersi, le conteur de légendes, de Mohamed le cuisinier, d’Abdi le vieux guerrier, sont particulièrement sensibles. On entend leurs voix, leur langage, on voit leurs gestuelles.


Parfois, c’est à des milliers de kilomètres de chez soi que l’on fait sa propre rencontre. Ce séjour en Afrique aura été pour Margaret Laurence l’occasion de découvrir ses propres motivations. « Le voyage qui avait débuté quand nous avions mis le cap sur le Somaliland ne serait jamais vraiment fini […] le pays avait touché nos vies, les changeant à jamais. »

 

Voyage intérieur


À la croisée du récit de voyage, du journal et du roman d’apprentissage, Une maison dans les nuages se révèle un témoignage d’une profonde humanité. Porté par une langue somptueuse et une force d’évocation, le livre rend un hommage touchant au peuple somalien et à la beauté surréelle des paysages traversés. « Après l’orage, Jack et moi avons regagné notre camion et les Somalis sont restés assis autour du feu presque jusqu’au matin. Hersi dirigeait le chant, psalmodiant le couplet d’un long poème narratif, alors que les autres joignaient leurs voix à la sienne pour le refrain. Pendant un long moment, nous avons écouté ces voix puissantes chanter dans la nuit africaine où elles se mêlaient au bruissement de l’eau tandis que les ruisseaux déferlaient dans le désert et se déversaient dans les “ tugs ” (lit d’une rivière). De temps en temps, nous entendions le cri d’oiseaux toujours éveillés dans les acacias, et la plainte du “ ghelow ” (oiseau nocturne) qui volait à la nuit tombée. Tout cela était bon, par certains aspects que nous ne pouvions expliquer, mieux que tout ce que nous avions jamais connu ».


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Collaboratrice

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