Musique - Boulez et son porte-voix

En lisant au dos du livre «Entretiens sur la direction d'orchestre», définissant le sujet de L'Écriture du geste qui paraît chez Christian Bourgois, on se dit qu'on a déjà vu cela quelque part.

Conversations de Pierre Boulez sur la direction d'orchestre était le titre d'un livre d'entretiens avec Jean Vermeil, paru en 1989 chez Calmann-Lévy, puis, dans sa traduction anglaise, en juin 1996 chez Amadeus Press. Ce remarquable et mordant ouvrage n'avait semble-t-il pas l'heur de plaire au Maître... Les choses sont aujourd'hui «rétablies», avec Cécile Gilly, experte en matière de musique de notre temps, mais qui a accepté ici

un rôle de béat et transparent porte-voix.

Cette «grosse interview» évanescente paraît dans la collection «Musiques» de l'éditeur français, collection «dirigée par Jean-Jacques Nattiez», selon ce qui est écrit au dos du livre, et «par Pierre Boulez et Jean-Jacques Nattiez», selon ce qu'on lit quelques pages auparavant...

Ce qui frappe d'abord, ce sont les erreurs et les approximations d'édition. Non, les Danses allemandes ne sont pas le seul enregistrement de Webern en tant que chef d'orchestre (on l'entend accompagner Louis Krasner dans le Concerto à la mémoire d'un ange de Berg). Non, Stravinski ne dirigeait pas uniquement sa propre musique, puisqu'il existe un fameux témoignage de la 2e Symphonie de Tchaïkovski sous sa baguette. «West Deutscher Rundfunk» et «Georges Szell» ne s'écrivent pas non plus comme cela.

De plus, si l'index est utile, il manque un glossaire ou, au minimum, quelques notes. Le lecteur moyen sait-il ce qu'est une tablature? On déplore aussi l'absence de suivi dans le questionnement: qu'est-ce qu'une «direction de rassemblement» par rapport à une «direction de dispersion»? Tout cela sans parler du manque d'insistance journalistique ou de l'absence de toute question qui pourrait mettre en cause la grandeur de Pierre Boulez ou, au moins, aller titiller le personnage.

La seule partie qui justifie le titre L'Écriture du geste débute page 109 pour s'achever page 136: c'est un intéressant manuel à l'intention des chefs de générations futures qui voudront diriger du Boulez. On y trouve aussi un intéressant raccourci sur l'orchestration, de Bach à Wagner, ainsi que quelques pertinentes considérations sur ce dernier. On apprend par ailleurs que Boulez a dirigé son premier Sacre du printemps à Montréal, à l'invitation de Pierre Mercure.

Pour le reste il s'agit d'un aimable placotage entre un être fort intelligent, et qui le sait, et un interlocuteur féru de musique contemporaine.

L'Écriture du geste

Pierre Boulez

Entretiens avec Cécile Gilly sur la direction d'orchestre

Christian Bourgois éditeur, coll. «Musiques»

Paris, 2002, 171 pages