Que le livre soit !

Normand Thériault Collaboration spéciale
Photo: Agence Reuters Amazon/

Ce texte fait partie du cahier spécial Livre numérique

La révolution numérique a rejoint le monde de l’édition. Si les presses des imprimeries tournent toujours, et ce, pour le plus grand plaisir de ceux et celles dont le bonheur est d’avoir en main ces pages que les yeux parcourent, il est cependant possible pour les autres, ceux et celles pour lesquels rien ne peut se faire sans tablette à la main, pour eux aussi d’avoir accès, maintenant ou dans un avenir proche, à tout ce que le monde de l’édition met en forme. Un nouveau monde, celui du livre numérique, se dévoile.

L’édition québécoise est passée à l’offensive. Et avec succès. Car, parlons-nous de l’entrepôt numérique, ce projet conjoint de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) et de De Marque, que déjà un responsable, Clément Laberge, nous rappelle que « notre démarche, dans notre si petit marché, a suscité de l’intérêt. En France, les groupes Gallimard, La Martinière et Flammarion utilisent la technologie qu’on a développée pour les éditeurs d’ici. En Italie, trois des quatre plus grands groupes d’édition se sont mis ensemble pour monter un entrepôt numérique avec nos technologies. »


L’outil mis en place, vitrine.entrepotnumerique.com, n’a donc pas à être remis en question. Et son bilan, traduit en chiffres, impressionne, car ne lit-on pas sur sa présente page d’accueil que l’entrepôt numérique, ce sont 8978 publications, 118 éditeurs branchés, 159 729 publications vendues depuis août 2009 et 1 004 118 feuilletages d’extraits depuis août 2009.


La formule retenue fonctionne donc. Mais quelle est-elle ?

 

Papier ou électronique ?


Qui fréquente via Internet les diverses librairies, ou les grands groupes que sont Quebecor ou Renaud-Bray, verra que plus d’un livre est disponible soit en version papier, soit en version électronique. Ainsi, on pourra voir afficher Griffintown, de Marie-Hélène Poitras, à 14,99 $ dans sa version e-Pub et à 22,95 $ en tant qu’objet livresque, le e-Pub étant un mode de fabrication numérique plus onéreux à produire qu’un simple PDF (une saisie de page), mais offrant un plus grand potentiel interactif.


Aussi, le défi est lancé aux éditeurs de devenir des entreprises où papier et numérique doivent fonctionner de pair. Car, si tout livre peut devenir un objet immatériel, il faut tenir compte du fait que plus d’un lecteur et d’une lectrice demeure un inconditionnel du papier. Ainsi, dans le monde de l’essai, Denis Dion, directeur général des Presses de l’Université Laval, rapporte que « l’édition électronique compte pour environ 1 à 2 % de nos ventes ».


L’avenir du livre traditionnel ne semblerait donc pas compromis. Du moins, pas encore, même si les éditeurs des diverses maisons québécoises semblent s’entendre pour dire qu’il y a obligation d’agir.


Aussi, ce n’est pas par hasard, ni par simple souci d’être à la page, que les éditeurs ont mis en forme cet entrepôt numérique qui donne une vitrine au livre francophone. Non seulement ce geste empêche une prise de contrôle par les géants de la distribution que sont les Amazon de ce monde, mais aussi il permet à l’édition québécoise de déborder hors du marché local et de rejoindre tout lecteur francophone sur la planète.


Avec le numérique, la distribution est rendue facile. De plus, qui est au Québec, qui est un vrai lecteur, celui ou celle qui sait qu’il faut soutenir le libraire, lui dont les étalages font découvrir ce qui était jusque-là inconnu ou inespéré, aimera apprendre qu’un détour par vitrine.entrepotnumerique.com lui permet non seulement de choisir un livre à lire, mais aussi de l’acquérir par le site de sa librairie habituelle. D’autres feront de même en passant par ruedeslibraires.com, là où 200 000 titres sont mis en vitrine.


Qui dira après cela que le livre numérique est un simple objet virtuel ?