Kobo - « Le potentiel d’exportation du livre numérique québécois est grand »

Benoit Rose Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Kobo inc., dont le siège social est à Toronto, est un détaillant mondial de livres numériques. Il possède près d’une dizaine de librairies virtuelles dans autant de pays et dit compter sur huit millions de clients réguliers à travers le monde. En plus de la vente de livres et d’appareils, il offre un service de lecture numérique au grand public et développe son créneau de lecture sociale. Muni d’une nouvelle plate-forme en français, le libraire entend développer son offre pour le Québec.

Né en 2009 sous l’impulsion de son directeur général, Mike Serbinis, et de la chaîne de librairies Indigo, Kobo est depuis peu la propriété d’un géant japonais du commerce électronique, Rakuten. « Eux, ils viennent nous donner les moyens de nous développer au maximum, affirme le responsable de Kobo au Québec, Christian Liboiron. Kobo est une entreprise canadienne, novatrice, ouverte, avec une bonne capitalisation, mais Rakuten nous permet de concurrencer les grands comme Amazon et Apple sur le marché international. » Rejoindre partout dans le monde un public toujours plus vaste, telle est l’ambition du libraire virtuel torontois. Maintenant bien épaulé, son développement est passé en quatrième vitesse.


Nouveaux marchés


Le bouquin électronique est encore très jeune, mais un enthousiasme se dessine. Dans une entrevue accordée au National Post le 1er mai dernier, M. Serbinis dit qu’il est indéniable que les livres s’en vont vers le numérique, et ce, aussi rapidement, sinon plus, que la musique. « Tout à fait, croit aussi Christian Liboiron. On le voit, les ventes augmentent de façon exponentielle. » Il se dit convaincu que le déploiement du livre numérique va surprendre. « C’est difficile encore d’évaluer jusqu’où ça peut aller, mais, si on s’inspire du développement fait par l’industrie de la musique en une dizaine d’années, je pense qu’il a un bel avenir. Et je crois même qu’il peut encourager la lecture en général. »


La plate-forme de Kobo en français a été ouverte en novembre dernier. Elle s’adresse au Canada francophone. « On est en plein développement au Québec. Il y a un réel engouement, constate M. Liboiron. Le dernier Noël a aidé. Beaucoup de nos appareils ont été offerts en cadeau, et on a vu nos ventes grimper par la suite. Notre travail, évidemment, c’est d’offrir de plus en plus de contenu aux lecteurs francophones. » Le passage aux mains du grand Rakuten permet aux éditeurs québécois qui font affaire avec Kobo d’avoir accès à de nouveaux marchés. « Le potentiel d’exportation du livre numérique québécois est grand, poursuit-il. Il y a six millions de francophones aux États-Unis, 90 millions en Europe. Il y a des bassins partout dans le monde. Avec le numérique, on n’a plus la friction de la distribution des versions en papier. »

 

Philosophie d’ouverture


L’entreprise produit trois types de liseuses électroniques : le Kobo Vox, le Kobo Wi Fi et le Kobo Touch. Ce dernier a été sacré grand gagnant des e-readers par le magazine américain Wired en janvier 2012. Dans ses pages, le jury affirme que cet appareil « is the most natural e-ink reader we’ve ever seen ». L’écran à encre électronique le plus naturel pour les yeux. Parmi les autres points positifs, le magazine souligne la rapidité de réponse de son écran tactile et la bonne volonté chez Kobo de permettre la lecture de contenus provenant d’autres entreprises, qui utilisent le format standard international e-Pub. « The best choice for a truly international e-reader », y lit-on.


Cette ouverture technique fait partie de la mentalité de l’entreprise, qui prétend donner la plus grande liberté possible au lecteur. Elle refuse donc le principe du système fermé. « Notre slogan, « Lire librement », fait référence à cette philosophie chez Kobo, qui implique que le livre numérique acheté par un client doit lui appartenir et qu’il peut en disposer comme il le souhaite. » L’utilisation du format ouvert e-Pub pour la vente de bouquins permet à ses clients de dévorer leurs nouveaux achats sur toutes sortes d’appareils de marques différentes.

 

Lecture sociale 2.0


Dans le même ordre d’idées, toute la bibliothèque du lecteur est rendue disponible sur ses multiples supports. Par exemple, il peut commencer sa lecture dans sa salle de bain sur son iPad, la poursuivre dans le train sur son iPhone et la terminer au chalet sur son Kobo Touch. Le client profite ainsi de la flexibilité offerte par la technologie du nuage informatique, ou infonuagique, qui lui permet d’accéder à ses romans à partir d’un compte personnel.


Cette ouverture favorise aussi ce qu’on appelle la lecture sociale et interactive, une branche que l’entité torontoise s’efforce de développer. « C’est un élément distinctif de Kobo, affirme M. Liboiron. Nous souhaitons créer une communauté de lecteurs passionnés, qui partagent leur lecture avec leur entourage dans Facebook et dans Twitter [avec Reading Life], et même directement dans le livre avec Pulse. »


Ici, quelques explications s’imposent. Que sont ces nouveaux éléments de lecture 2.0 ? « Reading Life, c’est vraiment ta vie de lecteur, résume notre hôte. Notre service permet de colliger les informations de chacun, de donner des statistiques telles que le nombre de livres et de pages lus, les périodes de prédilection, et on donne des récompenses [virtuelles]. Pulse permet de faire des commentaires dans le livre. Avec les applications sur iPad ou sur Kobo Vox, on peut annoter un passage, le commenter et voir les commentaires des autres. » C’est donc un club de lecture virtuel et potentiellement planétaire, auquel certains auteurs ont même fait l’expérience de participer. « Avec succès », souligne M. Liboiron.

 

L’avenir


L’avenir n’est pas écrit, dit-on. Le livre numérique connaîtra-t-il le même succès que les fichiers musicaux ? La transition sera-t-elle similaire ? « C’est sûr que ce n’est pas le même aspect physique, constate notre interlocuteur. Il y a beaucoup de lecteurs qui ont encore un attachement à l’objet comme tel. Pour le disque ou le vinyle, peut-être moins. Mais il reste que c’est un bon indicateur. On peut apprendre beaucoup de ce que la musique a eu comme développement. » On peut imaginer que les deux formats évolueront dans le prochain siècle en complémentarité. D’ailleurs, l’acheteur audiophile moderne qui nourrit son affection pour le disque en vinyle ne reçoit-il pas généralement un code lui permettant d’accéder aux fichiers numériques ?