Presses universitaires - Le numérique est ici un complément du papier

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Selon Antoine Del Busso, directeur général des PUM, le livre numérique est devenu incontournable.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Selon Antoine Del Busso, directeur général des PUM, le livre numérique est devenu incontournable.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Bien que les approches varient selon l’éditeur, le virage numérique est chose accomplie chez les presses universitaires québécoises. Le livre numérique, qu’il soit en format PDF ou e-Pub, est maintenant incontournable.

Ce sont les Presses de l’Université du Québec (PUQ) qui ont fait le saut en premier. « Nous avons mis en place un programme de numérisation en 2002, raconte Bianca Drapeau, directrice de l’édition numérique chez PUQ, et, dès 2004, nous avions réussi à numériser l’ensemble de nos titres. »


Les Presses de l’Université Laval (PUL) ont fait le saut en 2008 et, là aussi, l’ensemble des titres ont été numérisés. Idem pour les Presses de l’Université de Montréal (PUM), même si le virage s’est fait il y a seulement un an. Les Presses internationales Polytechnique (PIP) ont commencé à numériser leurs titres l’an dernier et environ 25 % des titres sont maintenant disponibles en format numérique. De plus, tous ces éditeurs publient maintenant toutes leurs nouveautés dans les deux formats : papier et numérique.


Ventes et accessibilité


Selon Antoine Del Busso, directeur général des PUM, le livre numérique est devenu incontournable. « Nous sommes des fournisseurs de contenus et on se doit d’être présent partout où on peut l’être. Ce n’est pas à nous de décider quel format est préférable entre le papier et le numérique, c’est le lecteur qui décidera. Mais on doit offrir la version numérique si on ne veut pas manquer le bateau. »


Si la présence des versions électroniques des titres a légèrement fait augmenter les ventes, le gain demeure pour l’instant marginal. « La demande est encore faible, explique Denis Dion, directeur général chez PUL, et l’édition électronique compte pour environ 1 à 2 % de nos ventes. » Un chiffre que confirment les autres éditeurs universitaires. « Ce sont des ventes complémentaires, souligne Virginie Vendange, directrice générale des PIP, les ventes de livres électroniques n’ont pas eu d’influence sur les ventes des livres en papier. »


La politique des prix et l’accessibilité aux titres varient selon la maison d’édition. La version numérique d’un titre coûte la moitié du prix du livre en papier aux PUM et le quart aux PUQ et aux PIP. Seuls les titres chez PUL se vendent le même prix, peu importe la version.


Deux des sites Internet de ces maisons d’édition, soit PUM et PUL, sont transactionnels et le consommateur peut acheter le titre directement de la maison d’édition. Dans le site des PIP, l’achat n’est pas possible, mais le site vous redirigera vers un libraire. « Notre site deviendra transactionnel d’ici peu », précise Virginie Vendange. Quant aux PUQ, la maison d’édition a choisi une autre voie. « Notre site était transactionnel jusqu’en 2008, explique Bianca Drapeau, mais nous avons choisi de nous retirer de la vente de nos livres pour la confier plutôt aux libraires. » Ici aussi, le site des PUQ redirigera le consommateur vers un libraire.

 

Prévoir pour demain


Toutes ces presses universitaires conviennent que le livre numérique est un complément du livre en papier et que c’est, pour le moment, un service de plus qu’on offre au consommateur. Mais tous ces éditeurs croient aussi que le livre numérique est promis à un bel avenir.


« La version électronique d’une nouveauté peut nous aider à aller chercher de nouveaux acheteurs, croit Antoine Del Busso, mais l’édition numérique est aussi un excellent moyen de remettre en circulation des titres épuisés dont la demande serait trop faible pour justifier une réimpression en papier. De plus, la version numérique pourrait être enrichie, par exemple, de notes de bas de page ou de notes bibliographiques, qui pourraient même être mises à jour. » Selon Denis Dion, on pourrait même agrémenter la version numérique de nouveaux contenus. « Rien n’empêcherait de rajouter, dans la version numérique, une entrevue vidéo avec l’auteur, par exemple. »


Virginie Vendange y voit là même un avantage, en particulier en ce qui concerne les manuels scolaires. « Par exemple, dans un manuel de chimie numérique, en plus du texte et des graphiques qui expliquent une réaction chimique, on pourrait y rajouter une courte animation où on verrait véritablement la réaction chimique. »


Quant à l’édition d’un titre inédit uniquement en version numérique, seules les PUQ se sont avancées sur ce terrain. Et, ici aussi, il s’agit du domaine du manuel scolaire. « Avec notre partenaire, l’Université du Québec et ses différentes composantes, nous allons lancer un projet d’édition de manuels scolaires uniquement en version numérique, explique Bianca Drapeau. Il s’agit d’un projet-pilote qui devrait nous permettre de mieux comprendre comment on fait un manuel scolaire uniquement en numérique. Quels éléments pédagogiques y inclure ? Sur quelle plateforme ? Comment les professeurs et les étudiants vont-ils l’intégrer ? Le projet servira à répondre à ce genre de questions. »


Bien que ces maisons d’édition universitaires soient résolument engagées dans l’édition numérique, aucune ne croit pourtant que le livre numérique sonne le glas du livre en papier. « Le livre en papier a encore de belles heures à vivre », estime Virginie Vendange. Et le papier est toujours aussi utile. « Des sondages réalisés aux États-Unis et en Europe ont démontré que 80 % des personnes qui font l’acquisition d’un livre numérique finissent ensuite par l’imprimer eux-mêmes, souligne Bianca Drapeau. La version numérique a peut-être été plus facile à acquérir, mais, dès qu’ils doivent travailler avec le livre, une version en papier leur semble préférable. »

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